Architecture et cheminées sarrasines en Bresse

Au sud de la Bresse géologique, les cheminées sarrasines sont une curiosité ethnographique dont l’origine n’a pas été véritablement expliquée. Nous vous proposons une balade pour en découvrir quelques-unes grâce aux travaux des historiens locaux.

L’architecture en Bresse

La Bresse est un pays de bocage et, en l’absence de pierre, les habitants ont d’abord utilisé, pour la construction de leurs fermes, les matériaux à leur disposition, c’est-à-dire le bois et la terre. La contrée est aussi couverte de forêts où le chêne croît sans difficulté. Ce bois dur et durable est privilégié pour l’ossature des bâtiments, réalisée par un montage de pièces verticales, horizontales et obliques, essentiellement travaillées à la hache [1].
Les espaces de cette ossature, les entrebois appelés localement les "trappans", sont comblés par du torchis sur des clayonnages. Des bois de petite section sont fixés verticalement sur lesquels sont tressées des branches de bourdaine ou autres essences. Ensuite, de la ʺterre battueʺ, rarement mélangée avec de la paille, est appliquée sur ce clayonnage. La surface du torchis est soigneusement lissée et enduite de chaux. Tout se solidifie au séchage.
Tous les bois sont travaillés ʺvertsʺ, d’une part pour faciliter l’écorçage, l’équarrissage et les assemblages par tenons et mortaises et, d’autre part, pour le tressage des branches. Pour que les fermes soient isolées de l’humidité du sol, les bois de la base, les "sablières" ou "soles", reposent sur un muret de pierre ou de brique, de faible hauteur, sans fondation. En Bresse, les briques de terre cuite, les "carrons", sont utilisées à partir des XII et XIIIe siècles et elles se substituent parfois au torchis, notamment lors des réfections.
Plus tard, pour des raisons de coût, les assemblages de bois et de terre sont remplacés par le "pisé", à partir des XVIII et XIXe siècles.

Ce mur, en voie de dégradation, montre les éléments essentiels de l’architecture traditionnelle bressane.
Un assemblage pour le prolongement de la "sablière", sur un muret de faible hauteur.
Pour la construction des bâtiments, d’anciens bois étaient réemployés, comme ici, pour un élément vertical percé d’anciennes mortaises.

Du bois pour cuire et se chauffer

Le bois est aussi la seule source d’énergie en Bresse et, entre propriétaires et fermiers, des règles étaient fixées dans les baux pour la préserver. En outre, aux temps les plus anciens et dans des maisons à ossature en bois, le foyer, ou feu, ne pouvait être adossé à un mur. Alors, on chauffait ʺau largeʺ, au centre d’une partie de la ʺpièce à vivreʺ, appelée la ʺmaisonʺ en Bresse. Ce mode de chauffage date des temps les plus anciens et il était répandu dans de nombreux pays.

Le plan d’une ʺpièce à vivreʺ, la "maison", avec ses principaux éléments.

La dimension du feu impressionne mais « nul n’ignore la valeur juridique du foyer - le feu - qui en a fait la base du recensement et de l’imposition. (...) La taxe sur les foyers va les limiter : une famille, un foyer. Une communauté familiale, si grande soit-elle, n’est jamais qu’une famille. Elle n’a qu’une cheminée, dont les dimensions s’adaptent à l’effectif de population. Chaque branche de la famille peut avoir son logement particulier, il sera sans foyer [2] ».
Au-dessus du feu, entretenu à même le sol ou sur des briques, une hotte pyramidale était élevée pour évacuer la fumée. De section carrée, elle était réalisée avec des éléments de bois et de torchis sur clayonnage. Elle s’appuyait, de part et d’autre, sur un mur de refend et sur une maîtresse-poutre qui traversait la ʺmaisonʺ, puis sur deux pièces de bois établies entre les deux supports.

Schéma de la hotte ou "manteau".

Ces divers éléments sont ordinaires mais la Bresse ajoute une particularité pour l’élévation au-dessus du toit. La hotte ne se termine pas par une banale élévation en carré mais par une ʺmitreʺ, de diverses formes, dont la fonction première, au-delà de son esthétisme, reste de faciliter l’évacuation de la fumée et de restreindre l’introduction de la pluie et de la neige, voire la chute d’oiseaux.

Différentes mitres

« Les mîtres, par leur situation extérieure, et aussi à cause de leurs dimensions inhabituelles et de leurs formes insolites, constituent l’élément le plus connu et le plus typique des cheminées sarrasines.
Alors que la hotte était toujours construite sur le même modèle, les mîtres présentaient une diversité extraordinaire dans leurs formes et leurs décorations.
Celles qui sont parvenues jusqu’à nous datent essentiellement des 17 et 18ème siècles. Nous ignorons quel aspect présentaient les mîtres avant cette époque. Elles étaient construites en briques et recouvertes d’un enduit calcaire. Les mîtres à briques apparentes sont souvent le fait de réparations intervenues par la suite.
Elles se présentent sous la forme de petits clochers ou de minarets à un ou plusieurs étages d’ouverture, d’une hauteur de 3 à 5 mètres et terminés d’une croix en fer forgé ou, parfois, en briques.
Des différents types qui existent de nos jours, deux surtout semblent avoir toujours eu plus d’importance : le type conique à coupole intérieure et le type carré à pyramide. Deux autres types, plus rares, subsistent encore : le type en forme de reliquaire gothique et le type en forme de dôme avec lanterne terminale [3]
 ».
Pour des historiens, le clocher octogonal de Saint-André-de-Bâgé ou celui, carré, de l’abbaye Saint-Philibert de Tournus (Saône-et-Loire) auraient insipré leur forme. La transition de la section carrée de la hotte à la coupole des mitres octogonales se fait par des ʺtrompesʺ, comme dans l’art roman.

Des cheminées sarrasines

L’association de deux éléments – chauffage au large et mitre – constitue une particularité propre à la Bresse, appelée cheminée sarrasine, sur un territoire qui se limite à la sirerie de Bâgé qui, elle, est rattachée à la Savoie par le mariage de Sybille de Bâgé avec le comte Amédée VIII, en 1272. Et ces cheminées sarrasines ne semblent apparaître que plus tard. La plus ancienne datation par dendrochronologie indique l’année 1375.
Employée pour les premières fois par des auteurs locaux [4], à la fin de l’Ancien Régime, l’expression ʺcheminée sarrasineʺ désigne aujourd’hui la seule mitre et il n’en reste qu’une trentaine. Au XVIIIe siècle, elles étaient encore un millier mais le système du chauffage au large, inconfortable à cause de la large ouverture, a été abandonné lorsque sont apparus les fourneaux, ces ʺcuisinièresʺ en fonte, beaucoup plus pratiques. Et plus économiques en bois ! Et plus efficaces !
Pourquoi ʺcheminées sarrasinesʺ ? L’hypothèse a été émise qu’elles proviendraient des Sarrasins, des Arabes qui, après leur défaite face à Charles Martel, à Poitiers en 732, seraient venus s’installer en bordure de Saône. Des soldats isolés ou des soldats avec leurs familles ? Cela paraît peu plausible ! D’autres évoquent une peuplade qui serait venue s’installer là, après la chute de Constantinople en 1453. Ou encore que Laurent de Gorrevod (vers 1470 - 1529) aurait importé cette architecture d’Espagne.
En réalité, aucune de ces hypothèses n’est documentée et le mot ʺsarrasinʺ aurait le sens ʺd’étrangerʺ, d’étranger au pays. Il existe bien une particularité au sud de Pont-de-Vaux, le ʺPays kélireʺ, mais son origine viendrait d’une peuplade gauloise, installée entre les Éduens et les Séquanes, dont le territoire est plus restreint que celui des cheminées sarrasines. Alors ? L’incertitude demeure ! Si les tests génétiques avaient existé un ou deux siècles plus tôt, une étude rigoureuse aurait peut-être apporté des éléments d’information.

Carte de la Bresse, proposée Carole Larché-Million et Romain Bourgeois, pour le musée de Châtillon-sur-Chalaronne (Ain). Le "Pays kélire" est en bleu roy.

Pourquoi une aire délimitée ?

L’aire géographique d’implantation des cheminées sarrasines reste aussi une énigme. Pourquoi se limite-t-elle à l’ancienne sirerie de Bâgé, intégrée au Comté de Savoie en 1272 ? Son territoire était aux confins de plusieurs influences historiques, comme l’a expliqué l’historien Gabriel Jeanton. La limite sud remonte à la dernière glaciation qui fixe la séparation, géologique, entre la Dombes et la Bresse. La limite nord est déterminée dès le néolithique par la rencontre des courants danubien et méditerranéen, partis de Mésopotamie, au moment où l’homme, de chasseur-cueilleur, devient un agriculteur sédentaire. Cela se concrétise ensuite par la limite des langages d’oïl et d’oc et, plus tard, par les duchés de Bourgogne et de Savoie ou les départements de Saône-et-Loire et de l’Ain. Aujourd’hui encore, les mots de ʺBresse savoyardeʺ et de ʺBresse bourguignonneʺ sont encore employés.

Les différentes limites de la Bresse, selon Gabriel Jeanton.
La cheminée de Monternoz, à Péronnas près de Bourg-en-Bresse, était la plus méridionale. De type rectangulaire surmontée d’une pyramide en forme de clocher roman, elle a été démolie en 1940, après un orage qui l’a détériorée un peu plus.

Cheminées sarrasines et usages en Bresse

Pour ce paragraphe, les photographies et les légendes sont extraites de l’ouvrage, Les cheminées sarrasines, de Gabriel Jeanton, édité en 1924.

La Grange des Planons au hameau de La Mulatière à Saint-Cyr-sur-Menthon : « L’une des plus belles fermes de Bresse, avec sa cheminée sarrasine d’inspiration gothique, son cloître de bois et son puits couvert ».
Remarquer les différentes variétés de la volaille de Bresse (blanche, grise, noire), les outils suspendus, pour les travaux des champs, et les pans de torchis de l’étage qui se dégradent.

Le Colombier à Saint-Sulpice, canton de Bâgé-le-Châtel : « Ferme possédant l’une des plus belles cheminées sarrasines d’inspiration gothique. Il y a lieu de remarquer aussi le puits couvert sous un prolongement de l’auvent et la construction en esclavignons ou pannons de bois ».
La plus jeune femme n’a pas de coiffe, fait rarissime dans l’entre-deux-guerres. Le muret de la base du bâtiment, en pierres et "carrons", est bien visible.

Corcelles à Saint-Étienne-sur-Reyssouze, près de Pont-de-Vaux : « Remarquable ferme de Bresse, avec sa belle cheminée sarrasine à deux étages du type conique, et son avant-corps protégeant une galerie ».
Remarquer le puits (1) avec son "chevalement" de pierre (Ce type de puits daterait des années 1830-1850), le tréteau (2) pour scier le bois de chauffage et la "pierre à aiguiser" (3) les outils tranchants.

Les Broguets à Saint-Sulpice, entre Montrevel et Bâgé-le-Châtel : « Belle ferme bressane avec sa cheminée sarrasine à deux étages, son auvent à piliers, son puits couvert et le gros sureau qui l’abrite ».
Les piliers de l’avant-toit reposent sur des dés pyramidaux de pierre et, en avant, le sureau est en fleur. Remarquer la cage (1) pour emporter les veaux au marché ou à la foire et, tout à droite, trois oisons (2).

Grandval à Saint-Trivier-de-Courtes : « Très belle ferme de Bresse, nettement caractérisée, avec sa cheminée sarrasine d’inspiration romane, unique pour tout le bâtiment, et terminée par un croissant de fer forgé » (peu visible).
Remarquer la mare au premier plan avec son bord consolidé par des bois et sa partie (1) accessible pour abreuver des animaux, la fermière accompagnée du chien présent dans toutes les fermes, la charrette à bras et le tréteau sous l’escalier (2), les cages pour emporter les différents animaux au marché (3), le banc (4) pour "prendre le frais" le soir, et la herse (5).

Ferme Chesne au hameau du Petit-Mépillat à Saint-Nizier-le-Bouchoux près de Saint-Trivier-de-Courtes : « Ferme des plus typiques avec sa haute cheminée sarrasine en forme de clocher surmonté d’une croix, son auvent à piliers, sa construction en exclavignons ».
Remarquer la réserve de bois et de fagots (1), le coffre à grains (2), le fouloir à raisin ou à fruits (3), la planche à laver (4) et, à l’arrière-plan, un char.

Saint-Romain à Romenay, en Saône-et-Loire : « Ferme bressane avec sa cheminée sarrasine et son petit avant-corps abritant un escalier ainsi qu’une étroite galerie donnant accès au grenier ».
Cette photographie montre de nombreux personnages portant des sabots de bois, sauf les deux fillettes. Une cheminée extérieure (X) a été ajoutée pour la seconde partie du bâtiment, rendue habitable, où une "cuisinière" (fourneau) est sans doute utilisée.

Molardoury à Saint-Trivier-de-Courtes avec un couple âgé : « Ferme à la belle cheminée sarrasine inspirée par les clochers de style jésuite ou rococo du XVIIe ou XVIIIe siècle ». Au premier plan, la mare comporte des marches d’escaliers pour pouvoir y puiser de l’eau avec un seau métallique.
Remarquer le puits sous l’escalier (1), le tarare (2) pour vanner et trier les grains, l’étagère (3) pour des plantes et la charrette à bras (4). Bien des fermières cultivaient des plantes grasses ou fleuries et échangeaient des boutures avec leurs voisines. Ces plantes étaient placées en hauteur pour les protéger de la volaille.

La Sallette à Manziat, canton de Bâgé-le-Châtel : « Petite ferme remarquable par sa cheminée sarrasine rappelant celle du Souget [voir ci-après] et de Molardoury, mais un peu différente et plus ancienne » avec, en arrière-plan les arbres du Val-de-Saône.

La Bouchardière sur la commune de Chevroux, canton de Pont-de-Vaux : « Ferme de Bresse bien typique avec sa cheminée sarrasine à deux étages, son avant-corps abritant un escalier extérieur ».
Seule la femme la plus âgée est coiffée. Remarquer l’assemblage des bois avec de longues pièces obliques (x), des "écharpes", la modeste étagère de plantes (1) et le lien métallique, suspendu en son milieu, qui permet d’attacher les vaches à l’étable (2).

Montjouvent sur la commune de Saint-Étienne-sur-Reyssouze, près de Pont-de-Vaux : « Cheminée sarrasine octogonale à deux étages d’un type un peu particulier » avec, au premier plan, des tiges de maïs, dont le mot en patois est "trequi" ou "panesais", selon les contrées de la Bresse. Le toit se termine en pan coupé.
(À ajouter : "La Baisse de Privage".)

Hier et aujourd’hui

La Forest (orthographe de Gabriel Jeanton) à Courtes, près de Saint-Trivier-de-Courtes : « Ferme des plus curieuses, mais un peu exceptionnelle, avec sa cheminée sarrasine et sa galerie à croisillons de bois ». La ferme est ouverte au public dans certaines conditions (se renseigner).

(+ photo actuelle à venir)
Le Sougey à Montrevel-en-Bresse : « Cheminée de type carré à un étage surmontée d’une lanterne couronnant un dôme cantonné par quatre pinacles », selon Gabriel Jeanton.
La première photographie date de l’après-guerre avec, à gauche, un séchoir à maïs. Ce système, réalisé en bois, grillage et tôle pour la couverture) s’est substitué au séchage du maïs par des grappes suspendues sous l’avancée du toit. Il a été employé pendant plusieurs décennies.
Cossiat à Saint-Didier-d’Aussiat près de Montrevel-en-Bresse : « Ferme caractérisée par sa cheminée sarrasine fort ancienne, d’inspiration gothique, et son grand auvent à piliers de bois ». Des bois ont été datés des années 1421, 1720 et 1791, dans cette ferme qui ne se visite pas aujourd’hui.

La première vue montre une remarquable scène champêtre autour de cette belle ferme de La Grange du Clou au hameau de La Mulatière à Saint-Cyr-sur-Menthon (canton de Pont-de-Veyle) avec une cheminée de type polygonal à deux étages.
Aujourd’hui, la ferme est la propriété de la commune et des manifestations ponctuelles s’y déroulent.

La Grange des Carrons à Saint-Cyr-sur-Menthon : un « type intéressant de construction bressane en pans de bois avec sa cheminée sarrasine ». Cette propriété privée a été restaurée : les carrons ont été "mis à nu", l’escalier de gauche a été supprimé et le toit a été prolongé sur la droite, sans nuire à l’esthétique de l’ensemble. Une photographie du début des années 1920 est aussi publiée dans l’ouvrage de Gabriel Jeanton.

Les cheminées sarrasines ne sont plus construites depuis longtemps mais des mitres, décoratives, édifiées récemment, émergent de quelques bâtiments privés, comme au hameau de Tanvol à Viriat, à Confrançon, à Crottet ou encore à Saint-Cyr-sur-Menthon.

En marge des cheminées sarrasines

. L’archebanc
À l’intérieur, l’archebanc est toujours un élément des cheminées sarrasines : « contre le mur, on trouve l’"archebanc", ou banc des ancêtres, sur lequel se tenaient les vieillards de la maison. C’était là qu’ils filaient et, qu’à la veillée, du haut de cette chaire rustique, ils perpétuaient les récits légendaires qui se transmettaient de générations en générations. Les autres membres de la famille, enfants, petits-enfants, valets et bergers s’installaient, à la veillée, sur les bancs mobiles qui entouraient la table et qu’ils plaçaient en carré autour du foyer [5] ».

. Des maisons déplacées
Comme le révélait Paul Cattin, ancien directeur des Archives départementales de l’Ain, dans un article paru en 1987 [6], les maisons à pans de bois sont démontables, facilement réparables et modifiables, voire déplaçables d’un village à un autre. Il citait de nombreux exemples et l’ouvrage de Charles Revel de 1664 intitulé Qu’est-ce qu’on appelle en Bresse bastiments levables de dessus leurs fonds, et comment ils se subhastent.
Récemment des fermes ont été déplacées comme celle située au hameau des Mangettes pour devenir la Maison de Pays en Bresse et l’écomusée de Saint-Étienne-du-Bois, au nord de Bourg-en-Bresse. Pour l’occasion, la cheminée sarrasine a été restituée.

La ferme déplacée du hameau des Mangettes (Meillonnas) à Saint-Étienne-du-Bois, en 1985. Des bois ont été datés de 1465. À proximité, à Bény, la ferme de Garavand a été transférée du tracé de l’autoroute vers le centre-village, en 1996-1997.

. Comme des épis de faîtage ?
Les mitres sont toutes différentes : comment expliquer cette diversité ? Il est permis de penser que chaque propriétaire a cherché à se différencier de son voisin, pas forcément pour faire mieux par fierté, peut-être simplement pour faire autrement, apposer sa marque personnelle et "être chez soi".
À parcourir d’autres contrées de France, une autre question se présente : la démarche (pas l’architecture) engagée pour les cheminées sarrasines ne s’apparente-t-elle pas à celle des épis de faîtage, ou poinçons ? Ils sont présents dans plusieurs régions de France et le Conseil départemental de la Creuse leur a consacré un livret en 2015. Voilà ce qu’écrivait son Service du patrimoine : « Les épis de faîtage sont apparus vers le milieu du Moyen-Age. Conçu dans un but purement fonctionnel, l’épi de faîtage devient au fil du temps un véritable support décoratif, parfois doté d’une signification symbolique ou sociale. Les épis de faîtage creusois en terre cuite datent pour la plupart du XIXe siècle. L’histoire nous montre que la Creuse est riche de ses potiers et tuiliers principalement dans le bassin de Gouzon, autour de Mortroux, Chambon-sur-Voueize et Bourganeuf ».
Alors, similitude, ou pas, avec les cheminées sarrasines, dans la démarche esthétique ?

Rémi Riche

Juillet 2025
Avec la collaboration de René Basset, Cécile Gerbe et Gyliane Millet.
Archives départementales de l’Ain.
Conseil d’Architecture Urbanisme Environnement de l’Ain (C.A.U.E.).

Bibliographie sommaire
BASSET René. Brochure manuscrite de 22 pages éditée par le Syndicat d’initiative de Saint-Trivier-de-Courtes. Vers 1975-1980. Imprimerie Gambin à Pont-de-Vaux (Ain).
BERTRAND René. Les cheminées bressanes dites sarrasines. Université rurale bressane. 2003.
JEANTON Gabriel. Les cheminées sarrasines. Mâcon Protat Frères Imprimeurs. 1924.
Centre de recherches sur les monuments historiques : Maisons à pans de bois à cheminées sarrasines. 1944 et 1971. (Consultable aux A.D. Ain).
Annales de la Société d’Émulation de l’Ain de 1882 et 1987. (Consultables aux A.D. Ain).

Photos

[1Voir les usages au fil du temps et d’une contrée à une autre dans l’ouvrage de René Bertrand. Voir bibliographie.

[2Article Les cheminées à chauffage au large par Michel Bouillot dans La Bresse, les Bresses. Éditions Bonavitacola. 1998.

[3René Basset. Voir bibliographie. Il orthographie ʺmîtreʺ.

[4Comte de Montrevel (1736-1794), marquis de Secqueville.

[5Gabriel Jeanton.

[6Annales de la Société d’Émulation de l’Ain.

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