La Bresse de l’Ain

La Bresse de l’Ain a une identité propre dont les limites ont été fixées par l’histoire géologique et culturelle. Nous vous en proposons une définition.

Une frontière géologique

Bresse et Dombes sont d’abord un ensemble situé au sein d’un fossé d’effondrement qui, aux ères tertiaire et quaternaire, se remplit d’une épaisse couche de sédiments, d’environ deux mille mètres, dont une épaisse couche de sel puis des sables, des argiles gris-bleuté, des cailloutis et des marnes.

À la fin du pléistocène moyen (une période de l’ère quaternaire, entre −781 000 et −126 000 ans), le glacier du Rhône s’étend sur la Dombes jusqu’aux portes de Bourg et la recouvre de dépôts morainiques et fluvio-glacaires, et de limons.

Ainsi, l’histoire géologique définit les limites de la Bresse : ouest par la Saône, est par les contreforts du Revermont et sud par le glacier du Rhône. Paul Guichard, dans son Histoire des Pays de l’Ain (1965), fixe cette dernière par une ligne allant de Saint-Didier-sur-Chalaronne à Druillat par Neuville-les-Dames, Chaveyriat, Montracol, Péronnas, La Tranclière.

Une frontière culturelle

Au retrait du glacier alpin, l’homme, chasseur-cueilleur, occupe déjà de nombreux territoires et s’installe en Bresse lorsque les conditions y sont favorables.

Vers 8 à 10 000 ans avant notre ère, l’homme se sédentarise et cultive les premières plantes. Ainsi, en plusieurs lieux, débute le néolithique qui se diffuse, depuis le Proche-Orient vers l’Europe, en suivant deux routes majeures : la route continentale (par la vallée du Danube) et la route méditerranéenne. La France est concernée par les deux courants, l’un arrivant du nord-est par la vallée du Rhin et l’autre remontant du sud et par la vallée du Rhône. La rencontre s’échelonne sur une ligne, une zone tampon, traversant la Bresse.

Ces deux courants portent des cultures différentes et leur rencontre définit la frontière nord de la Bresse qui, selon Paul Guichard, va du confluent de la Seille avec la Saône jusqu’à Coligny, par Sermoyer, Vescours, Vernoux, Curciat et Cormoz.

Il est fort probable que, plutôt, voici 45 à 40 000 ans, l’homme moderne (homo sapiens) se soit installé en Europe en suivant les mêmes parcours.

Une différenciation maintenue

Cette « frontière » se retrouve déjà dans les langues : langue d’oïl au Nord et, au Sud, le franco-provençal pour la Bresse et le Sud-Est, et la langue d’oc ailleurs. Située sur la vaste plaine de Bresse, sans appui sur une élévation, cette frontière se perpétue dans les régimes politiques, entre la Bourgogne et la Savoie. Lorsque les Pays de l’Ain sont rattachés à la France en 1601, la Bresse dépend de la province de Bourgogne mais sans se fondre, sans perdre ses spécificités. L’histoire ne s’efface pas et on parle toujours de Bresse bourguignonne et de Bresse savoyarde.

Lorsqu’en 1790, la Révolution crée les départements, la limite entre l’Ain, d’une part, la Saône-et-Loire et le Jura, d’autre part, suit globalement la frontière néolithique. La boucle est bouclée... L’institution de régions administratives ne modifie pas la situation. Aujourd’hui, l’Ain est en Auvergne-Rhône-Alpes, la Saône-et-Loire et le Jura, en Bourgogne-Franche-Comté. ■

Rémi Riche

— 

Références

BEAUCHAMP J. Géologie du département de l’Ain. Université de Picardie.
BRGM : Bureau de recherches géologiques et minières. Service géologique national.
FALSAN Albert. Esquisse géologique du terrain erratique et des anciens glaciers de la région centrale de la région centrale du Rhône. 1883. (A.D. Ain BIB D 404).
GUILAINE Jean. Historiographie du néolithique. 2008. Université de Toulouse.

Partager cette page

  • Partager par mail
  • Partager sur Facebook
  • Partager sur Twitter