La Martinoire de Bourg-en-Bresse

La Martinoire est connue par l’évocation d’André Ampère et, surtout, par le dessin de Gustave Doré. Un article du Courrier de l’Ain du 22 mars 1924 apporte un éclairage intéressant sur cette particularité burgienne d’autrefois.

"Dans notre ville, pendant un mois, deux parfois, si la saison était favorable, nous ne sortions que chaussés de patins, ou bien, traînant après nous un martinet. Mais, qui se souvient de la Martinoire du Bastion et de son cri à Versailles ! Moins nombreux encore, ceux qui ont devant les yeux le fameux croquis de Gustave Doré, élève de M. Pingeon, professeur de dessin au Lycée de Bourg. Dans cette reproduction fidèle d’une scène popularisée par les procédés autographiques du moment, nous reconnaissons quelques physionomies locales. Un de nos amis y figurait - ce dont il était fier - avec un cartable d’écolier sur le dos.

La Martinoire !

Lorsque, à Bourg-en-Bresse, arrivait la neige en suffisance abondance, une équipe de volontaires se rendait au Bastion. Là, munis de balais et de larges pelles, en bois, de pioches et de râteaux en fer, ils aménanageaient le chemin qui partait de l’extrémité de la rue Pompe-Bourgmayer pour aboutir, en ligne droite, au mur de l’ancienne Halle aux grains, de la Grenette, disait-on. Ensuite, pour posséder une meilleure piste, nos jeunes gens versaient de l’eau qui gelait immédiatement. Une couche nouvelle de neige ne tardait pas à recouvrir le tout d’un manteau protecteur.

Le lendemain, jeunes et vieux venaient de tous les points de la ville. On s’asseyait sur un petit chariot fabriqué avec quelques bouts de planches assemblées et portant au-dessous deux petites bandes de fer. Un ami vous lançait et vous partiez en vitesse. On ne tardait pas à reconnaître ceux que nous appelons aujourd’hui des as. On les nommait au passage. On applaudissait leurs prouesses. Alors que celui-ci, essoufflé, peu sûr de ses moyens, s’arrêtait en route, et, prudemment, se garait sur les bords, celui-là, confiant dans son adresse, filait comme un éclair, les jambes en avant, prêtes à freiner si besoin était.

Et, pendant ce temps, nous, les petits, nous glissions sur une piste plus modeste, ou bien, nous nous réchauffions en lançant des boules de neige. Patiemment, nous attendions que l’âge vint nous donner la force de descendre, à notre tour, cette pente dont la longueur n’atteignait certainement pas deux cents cinquante mètres.

Ce jour-là arriva enfin ; mais, il était trop tard. Lorsque nous nous présentâmes, tirant à nous un martinet confectionné avec le plus grand amour par nos mains d’enfant, nous trouvâmes devant nous, barrant la route, un vieil agent de ville, le père Mandelli. Celui-ci, dans son jargon, mi français, mi italien, nous interdit absolument toute glissade.

Des accidents trop souvent répétés, les protestations légitimes des propriétaires et des locataires riverains avaient fait condamner pour toujours, par une municipalité prévoyante, la vieille martinoire du Bastion."

Note complémentaire à propos de l’agent de ville :
Le sous-officier Pierre Jean Gaëtan Martin Mandelli est né le 11 novembre 1800 à Saint-Gothard, province de Milan en Lombardie.
Il se marie à Bourg-en-Bresse le 3 mai 1849 avec Marie Angélique Merle (Collin dit Merle), née à Viriat en 1820. Ils auront deux enfants, nés en 1851 et 1856. La famille résident au 14, rue des Bons Enfants puis au 12, rue du Gouvernement.
Lors du recensement de 1866, Pierre apparaît sous le prénom de Pietro. Il décède à Bourg-en-Bresse le 9 avril 1881 à l’âge de 81 ans.

L’illustration de Gustave Doré (1845) montre bien les martinets utilisés comme des luges. Les adultes descendent la pente et les enfants regardent (au premier plan). Monastère Royal de Brou. Inv. 945.1.
Détail de l’illustration avec l’indication de martinets.
Repérage de la Martinoire sur un extrait du plan de Bourg de 1786.
La halle aux grains, ou grenette, édifiée en 1773. Voir le plan ci-dessus.

Chronique réalisée par Claude Brichon et Rémi Riche. Octobre 2020.

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