Les premiers concours de volailles de Bresse

Comment ont été organisés les premiers concours de volailles de Bresse, à partir de 1862, à Bourg et à Paris ? Quel a été le rôle du député Léopold Le Hon que la mémoire a un peu oublié ?

Encourager les progrès de l’agriculture

La France a été essentiellement rurale mais son agriculture a peiné à alimenter toute la population. Encourager les progrès agricoles permet d’offrir plus de nourriture au pays. Pour atteindre ce but, la Révolution a choisi les primes d’encouragement, la royauté restaurée, les comices agricoles, des concours locaux rassemblant les animaux, les semences et les instruments aratoires. Ces « comices, analogues à des réunions existantes en Angleterre » sont institués par une circulaire du 22 mai 1820. Celle-ci n’inspire guère le préfet de l’Ain qui, dans un courrier au ministère, juge que les agriculteurs de l’Ain souffrent d’ignorance, d’apathie et d’insuffisance financière [1]. Des comices sont néanmoins organisés dans les arrondissements de Nantua et Trévoux, à la fin des années 1830.

La monarchie sombre dans la révolution de 1848 et la Seconde République est instaurée avec Louis-Napoléon pour président. Celui-ci relance les comices agricoles par une loi de mars 1851. Un comice est, tout à la fois, le concours agricole et la structure organisatrice. Trois comices sont créés dans l’arrondissement Bourg, en décembre 1851, au moment où Louis-Napoléon instaure le Second Empire.

Sous le Second Empire

Ce régime autoritaire encourage les initiatives. En plus des comices, des concours régionaux sont organisés. À ceux de Dijon (1856), Montbrison (1857) et Mâcon (1858), succèdent Bourg-en-Bresse (1859), Lons-le-Saunier (1860) et Lyon (1861).
Le concours de Bourg est organisé par Société départementale d’agriculture, issue de la Société d’émulation et d’agriculture. Curieusement, le député de la circonscription, Léopold Le Hon, n’est pas présent dans le comité d’organisation, ni dans le jury. La section avicole du concours regroupe 120 lots contre 40, l’année précédente, à Mâcon.

Le député Léopold Le Hon n’est pourtant pas une personnalité banale. Il a été, à 19 ans, le secrétaire particulier du ministre de l’Intérieur, le duc de Morny, pendant le coup d’état du 2 décembre 1851. Nommé au Conseil d’état, il souhaiterait un mandat électoral.

L’opportunité survient en mars 1857 lorsque le député de Bourg délaisse son siège pour rejoindre la magistrature.

Il est élu à la quasi-unanimité (99,3 %) sur une participation de 58 %. Le Courrier de l’Ain note que « 74 voix se sont perdues » [2] ; 74 électeurs qui n’ont pas ratifié ce parachutage. Ensuite, Léopold Le Hon est conseiller général de Ferney en 1859, de Pont-de-Vaux en 1861 et président du Conseil général de l’Ain en 1861.

Sa circonscription de député est bien sûr un lieu d’excellence pour la volaille. Comment et pourquoi s’empare-t-il de ce sujet au point de conquérir Paris ? Il est bien difficile de répondre aujourd’hui à cette question.

Un comice à lui

Que Léopold Le Hon ne soit pas intégré aux structures agricoles existantes n’entrave pas son action. Aussi néglige-t-il les trois comices agricoles afin de n’en créer qu’un seul.
Il sollicite le préfet pour que chaque canton désigne un délégué et un suppléant. Et le 2 juillet 1862, le Comice agricole de l’arrondissement de Bourg est créé. Deux objectifs sont fixés : organiser un concours d’animaux reproducteurs et un concours de volailles mortes. Là est la nouveauté ; ce concours aura lieu fin décembre, à un moment particulier pour la volaille de Bresse, juste avant les fêtes de fin d’année, là où elle est spécialement préparée, là où les chapons et les poulardes atteignent le maximum de saveur.

Ce concours du 23 décembre 1862 rassemble cent éleveurs et 591 chapons et poulardes. Les médailles et les primes sont remises par le comte Léopold Le Hon aux plus beaux lots. En première catégorie, Claude Paccard de Saint-Ētienne-du-Bois reçoit une médaille du ministre et 30 francs. Il devance Claude-Joseph Gergondet de Treffort (30 F), Benoit Perdrix de Saint-Ētienne-du-Bois (20 F) et Benoit Nallet de Treffort (10 F). En seconde catégorie, M. Chanel d’Attignat reçoit la médaille du président et 20 francs, Pierre Chambard de Villemotier, 15 francs. Pour les plus belles paires (chapon et poularde), les récompenses vont à Claude Brazier de Treffort (20 F), Jean Favier de Villemotier (10 F), Victor Lobrichon de Bény et M. Guichardon de Bény (10 F) [3].

L’année suivante, le concours du 22 décembre 1863 rassemble 168 éleveurs, 257 poulardes et 647 chapons. Le premier prix, doté d’une médaille d’argent du ministre du Commerce et d’une prime de 40 francs, est remis à Joseph Gergondet de Treffort. Les cinq autres prix du comice sont complétés par deux, accordés par la ville de Bourg. Pour la plus belle paire, la médaille d’argent du président et les 30 francs sont attribués à Claude-Marie Paccard de Saint-Ētienne-du-Bois. Avec les six prix du comice et les huit de la ville de Bourg, ce concours attribue quatorze primes [4].

Le concours de Paris au Palais de l’industrie en décembre 1864 avec, aux murs, de nombreux panneaux Ain.

Conquérir Paris

Pour le mois de décembre 1864, par ses relations avec le pouvoir impérial, Léopold Le Hon obtient l’organisation d’un concours de volailles à Paris, au Palais de l’industrie. Il assure la présidence de l’organisation et du jury. En prenant en charge les frais de déplacement, il convainc les éleveurs bressans à se déplacer en grand nombre à Paris. Le concours rassemble 506 lots et 2 087 volailles, en provenance de 22 départements.

Pour la volaille de Bresse, Claude Gergondet gagne le premier prix, la médaille d’or et 100 francs de prime tant pour les chapons que les poulardes. Dans ces catégories, ses suivants sont MM. Chanel d’Attignat (80 F) et Jugnon de Bény (70 F). D’autres Bressans sont primés : des médailles de bronze pour M. Montart de Servas (dindons), à M. Perraud de Péronnas (canards) et à M. Chambaud de Péronnas (pigeons).

Enfin, « le prix d’honneur, qui a été disputé entre tous les propriétaires de lots concourant, et consistant en une médaille d’or grand module, a été décernée à M. Gergondet à Treffort (Ain), pour le lot n° 111, composé de quatre poulardes qui ont l’admiration des connaisseurs. »

Les volailles de Louhans, « jugées de race moins pure que celle de Bresse » ont été présentées, non par des hommes, mais par des fermières. Elles ont concouru, pour la plupart, et obtenu des prix dans la catégorie des « races diverses ».

Les volailles de Bresse de l’arrondissement de Bourg font l’admiration du public et des journalistes par leur présentation ; elles sont « si rondes, si admirablement troussées ». Le Courrier de l’Ain du 22 décembre 1864 [5] consacre cinq colonnes et demie à ce concours, dont une en première page. Il ajoute que « c’est un concert d’exclamations admiratives, un crescendo d’enthousiasme ». Un journal parisien note que le député de l’Ain avait « préparé ses mandants par deux exhibitions locales qui avaient complètement réussi [6] ».

Le député Léopold Le Hon a réussi son opération pour la promotion de la volaille de Bresse dans la capitale. D’ailleurs, « M. Jambon, approvisionneur de volailles, vient d’établir, à Paris, une succursale de sa maison de Bourg, pour la vente des chapons et des poulardes. Il a fait circuler, fort à propos, des cartes indicatrices parmi les visiteurs de l’exposition ».

En janvier 1865

Le concours parisien a entraîné le report du concours de Bourg au 24 janvier 1865, qui rassemble 246 chapons et 207 poulardes. Le lauréat est Claude Jugnon de Bény pour le plus beau lot et Benoit Perdrix de Saint-Ētienne-du-Bois pour la plus belle paire.

Ainsi se clôt la première séquence des concours spécifiques de volailles. Ils ne reprennent qu’en 1879. Après la chute du Second Empire, Léopold Le Hon ne parvient pas à retrouver un second souffle politique. Il décède d’un accident au moment où s’établit un nouveau comice agricole, conçu hors de sa présence. Est-ce l’expression d’une ingratitude ou d’une défiance envers un homme jugé hautain ?

Plus de 150 ans après sa création, le concours de volailles de Bourg perdure. N’est-ce pas là un hommage ? ■

La gare de Bourg au début du XXe siècle. À l’extrême gauche, des cages à volailles sont déposées sur la charrette à bras. À côté, des volailles mortes sont-elles expédiées dans les paniers en osier ? Collection R. Riche.
Exposition des volailles mortes lors du concours de Bourg en décembre 1911. Collection R. Riche

Document à télécharger

[1A.D. Ain. 7M47.

[2Courrier de l’Ain du 14 mars 1857.

[3Courrier de l’Ain du 23 décembre 1862.

[4Courrier de l’Ain du 22 décembre 1863.

[5Pour le concours de Paris, les citations sont extraites de journal.

[6Le Constitionnel fait allusion aux concours de Bourg de 1862 et 1863.

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