Jean Guyot, S.T.O. exilé en Prusse orientale
Le Service du Travail Obligatoire (S.T.O.), institué par le Régime de Vichy le 16 février 1943, a marqué toute une génération d’hommes pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce site a consacré une étude générale des S.T.O. du département de l’Ain, consultable par le lien indiqué à la fin ce témoignage.
Cette chronique, rare, est une illustration de la vie de ces réquisitionnés, particulièrement intéressante pour l’évocation du front Est, ses derniers mois de guerre et après la capitulation de l’Allemagne nazie.
Né le 30 mars 1922, Jean Guyot s’engage, en 1940, pour la durée de la guerre à Salon-de-Provence. En 1942 il est convoqué aux Chantiers de Jeunesse en Savoie, au camp du Chatelard.
À son retour, il travaille à la Préfecture à Bourg et, en mars 1943, il est réquisitionné pour le S.T.O [1]. Il tente d’y échapper en se cachant dans les bois, mais en raison des menaces de la milice contre sa famille, il part, comme beaucoup d’autres.
Sa correspondance est ici retranscrite par sa fille, Michelle Pomathios. Seuls des extraits sont publiés, avec le souci de ne pas dénaturer l’ensemble. Comme cette correspondance n’a pas été écrite pour être publiée ultérieurement et pour en faciliter la lecture, des intertitres ont été ajoutés et la ponctuation a été complétée.
Le voyage et l’arrivée en Pologne
Nous sommes dans le train en gare de Dijon mais nous ne savons pas pour combien de temps. Nous avons mis le temps pour arriver ici, départ de Bourg à 11 h 15, arrivée à Dijon un peu avant 6 heures ; il faut dire que pour aller à Saint-Etienne-du-Bois [10 km] il nous a fallu une heure et demie.
Tout de suite après Bourg, les signaux d’alarme étaient tirés et le train stoppait en plein bled, tout le monde descend discuter avec le garde-voie et un astucieux décroche les wagons, si bien qu’il n’y a que la loco qui démarre. Finalement, on repart et ça remet ça. Lorsqu’on a pu repartir, on ne s’est plus arrêté jusqu’à ce matin. En arrivant, nous avons touché une bonne soupe et ensuite un casse-croûte.
Je crois que le départ de Bourg aura une répercussion dans la région, vraiment ça valait le coup [2].
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Nous sommes enfin arrivés à destination pour quelques jours dans cette ville [Elbing] entre Königsberg et Dantzig, après un voyage de 68 heures. Nous sommes passés à Dole, Besançon, Belfort, Mulhouse, Strasbourg, Frankfurt, Kassel, Halle, Posen, Dantzig [3] et ici. Nous avons l’impression d’avoir fait des détours dans tous les pays que nous avons traversés.
Nous étions huit par compartiment dans des wagons de voyageurs. Tout le long, nous avons touché du ravitaillement. Hier soir encore, nous avons mangé la soupe ici et, ce matin, touché environ 2 kg de pain, un morceau de saucisson et un gros morceau de beurre pour le casse-croûte, le pain étant pour quelques jours (3 ou 4), pas de pinard, de la bonne bière.
On nous a menés dans un camp très bien aménagé où l’on est dans des baraques de 18, dans les lits à 2 étages. On nous a amené nos bagages par camion.
Ce matin, j’ai pris une douche froide qui m’a complètement reposé. Maintenant il est un peu plus de 11 heures et nous sommes dans notre baraque. Le temps est doux ici, il n’y a pas de soleil, mais on est en chemise dehors et on n’a pas froid. Quand nous travaillerons, nous pourrons aller en ville et je pense que le temps ne nous durera pas, le moral est très bon. Je saurai toujours me débrouiller du fait que je suis déjà pas mal sorti et que je connais la langue. J’ai déjà eu souvent l’occasion de causer dans les gares sur le trajet.
Dans un moment, nous irons boire un bock de bière au foyer, il paraît qu’il y en a de la bonne et ce soir nous allons toucher du tabac.
On commence à s’organiser petit à petit et ça commence à bien marcher, encore une semaine et tout ira bien. Aujourd’hui, il pleut et il fait froid, alors, le moral général s’en ressent un peu.
Nous mangeons bien, naturellement, nous ne sommes pas habitués à cette sorte de cuisine parce que c’est le plat national et toujours les patates, à chaque repas. Pour ce qui est nourriture, voilà ce que nous touchons : 11 kg de pain pour 28 jours, 1 kg de saucisson, 375 g de beurre, 375 g de fromage, 325 g de margarine, 800 g de sucre et 40 g de tabac par semaine. On touche aussi du savon. Nous avons du café à volonté, il suffit d’aller à la cuisine avec un seau.
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Je ne sais rien sur le travail. Les copains savent en partie leur affectation, les uns aux réparations de locomotives et d’autres aux chantiers navals qui sont à 100 mètres de notre camp. Je sais seulement que je suis comme manœuvre.
Nous avons touché 20 marks à la fin de la semaine dernière, un de ces soirs, nous irons manger la choucroute en ville. Hier soir dimanche, nous sommes allés au cinéma, j’arrive assez facilement à suivre le sens du film. Je me débrouille pas mal pour discuter et les copains sont heureux de m’avoir, ils m’appellent l’interprète.
Les cartes ne chôment pas, heureusement que je les ai apportées, il y a de bons joueurs ici et, à la veillée au chaud, on est bien [4].
Les premières semaines
J’espère bien que, maintenant, vous avez reçu au moins une de mes lettres d’ici, ainsi que celle de Dijon. Nous travaillons [5] de nuit, de 1 h ½ l’après-midi à minuit ½. On fait onze heures de suite. Pendant deux jours j’ai été à l’ajustage et, ensuite, on nous a fait passer un petit examen pour trier les spécialistes.
Je suis sur une découpeuse, ce n’est pas fatigant, parce que c’est la machine qui travaille, il suffit de la régler et, ensuite, on va discuter le coup avec les copains, ou les contremaîtres qui sont chics.
Nous ne savons rien sur les événements, la radio nous manque rudement, on attrape, de temps en temps, quelques renseignements qui circulent mais ce ne sont que des on-dit.
Dimanche, nous ne travaillons pas et nous sommes allés en ville, puisque nous sommes libres. Nous ne touchons pas à manger au camp, alors on va dans les restaurants manger la choucroute et les patates, et boire la bonne bière brune qui vaut presque le pinard [6].
Pour la nourriture, ça va toujours, et n’envoyez pas de colis tout de suite parce qu’il me reste encore pas mal de ravitaillement.
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Mon collier est beau, c’est amusant, tout le monde le laisse pousser. C’est une forêt de boucs et c’est à ça qu’on reconnait les Français. Je me ferai photographier quand il sera plus long. Le plus clair du temps libre que nous avons, on le passe au lit, on ne fatigue pas beaucoup. Pour la nourriture, ça va toujours, naturellement des patates, toujours des patates à tous les repas, mais c’est bien préparé et abondant.
Ce soir, nous irons peut-être manger en ville, s’il ne fait pas trop mauvais, parce que depuis le début de la semaine, il fait un temps de chien. Pendant trois jours il a neigé, maintenant il pleut.
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On gagne à peu près 10 à 12 francs de l’heure, pour l’instant, parce qu’on est apprenti ; quand on sera spécialiste, si toutefois on y arrive, on aura environ 15 francs, et, à ce moment-là, on fera aussi onze heures par jour.
Au début de cette semaine, on nous a donné des bleus qui n’ont pas l’air trop mauvais, alors on s’en sert pour travailler.
Dimanche matin, 10 h. Nous sommes levés depuis peu et déjà nous sommes tous nickel pour sortir en ville. Ce tantôt, nous irons au ciné et, à 7 heures du soir, on ira s’envoyer une bonne choucroute, c’est le seul plaisir qu’il nous reste ici. La quille bon dieu ! Vivement qu’on retrouve notre vie d’avant. En attendant, il n’y a qu’à se résigner à son sort [7].
Ce qui nous manque le plus, c’est la viande quoiqu’on touche 250 grammes de saucisson par semaine mais ce n’est pas pareil. Cette semaine, on va toucher du lard, 100 grammes, et dans quelque temps du schnaps. Au début de la semaine, j’ai passé la visite pour me faire réformer pour ma dilatation d’estomac et les crampes qui m’ont tant fait souffrir, mais ça n’a pas marché.
Demain, si nous ne travaillons pas, j’irai en ville dans les bureaux pour avoir un certificat de présence ici. Je vous l’enverrai pour que vous puissiez toucher le demi-salaire. Vous n’aurez qu’à aller à la Préfecture. Ce sera le seul avantage que nous aurons.
Au bord de la Baltique
Depuis 3 jours, il fait une chaleur intenable, ici, il n’y a pas de transition, ou on gèle ou on étouffe, on se croirait au mois d’août chez nous. Les marins du port sont déjà allés se baigner.
Demain, il y a la fête ici, on ira y faire un tour, ce soir grande représentation par les prisonniers [8].
Aujourd’hui, c’est la fête du travail et c’est la raison pour laquelle nous ne travaillons pas.
Mercredi soir, nous sommes descendus à la cave pendant 1 h ½. Il y avait des avions au-dessus mais comme il pleuvait ils n’ont rien lâché [9].
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J’ai eu votre 6e lettre, hier soir. Elle n’a mis que 12 jours pour m’arriver, c’est un record. Je suis heureux de savoir que les miennes vous parviennent bien et qu’elles sont bien accueillies.
Vous me demandez des détails précis sur ma vie et tout ce qui peut vous intéresser. Voilà, le camp se trouve en dehors de la ville, sur la gauche du canal, à un quart d’heure du point où on va prendre le tram. Ici, vraiment, nous sommes tranquilles [10].
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Je vous rassure sur le sort de votre 3e colis qui m’est bien parvenu. Il y avait de ce précieux produit, ce paquet de sucre. Merci pour le pain d’épices et le bout de lard. J’ai trouvé aussi votre chère photo qui m’a fait un immense plaisir et que j’ai mise sur la porte intérieure de mon placard.
En attendant, c’est toujours la même chose ici, du travail et toujours du travail et le mauvais temps. J’aurai fait 150 heures cette quinzaine [11].
La correspondance est absente du 11 juillet 1943 au 15 janvier 1944.
ANNÉE 1944
Dix mois d’éloignement
Il y a de la flotte et du verglas sur toutes les routes. C’est un sport pour se tenir, mais, on se fait tellement chier dans cette baraque, toujours jouer aux cartes ou discuter, ce n’est plus amusant. On est beaucoup mieux dans les grands cafés à écouter la musique en bonne compagnie. Il arrive souvent que le soir, en semaine, on aille faire un tour dans les petits bistrots du port. Un air d’accordéon, ça rappelle le bon temps et fait oublier le bruit des machines.
Enfin, je n’ai pas à me plaindre. Depuis cinq semaines, je suis de jour et ne travaille pas, puisque la machine est morte. Mon seul boulot est celui d’interprète dans l’atelier [12]. Il y a exactement 10 mois, aujourd’hui, nous prenions le train en direction de la Prusse Orientale.
Si je vous disais que je n’ai mis qu’une seule paire de chaussettes jusqu’à maintenant. Je ne porte que des chaussettes russes, pas besoin de les laver, ni de les repriser, une paire de foutue on en prend une autre, à l’usine il y a de quoi faire.
Vous m’annoncez l’envoi d’un gros colis, il n’arrivera pas tout de suite parce que maintenant les communications sont devenues difficiles, il en arrive encore du mois de novembre et nous sommes bientôt fin janvier.
J’ai repris avant-hier mon boulot, une machine est réparée. Pas mal de copains de l’usine sont mutés à Königsberg, pour travailler dans une usine de locomotives aussi [13].
Sans relation avec les prisonniers
Je viens de relire vos deux dernières lettres. Celle du 24 décembre ne m’est arrivée qu’hier, elle a donc mis juste un mois.
Nos relations avec les prisonniers ne sont pas ce qu’elles pourraient être, entre Français exilés en pays étranger. Je crois que nous, les jeunes du S.T.O. et de la relève, n’avons pas trop changé au point de vue du caractère ; une bonne partie des prisonniers sont en général froids et assez distants envers nous, on n’arrive pas à comprendre.
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Dimanche après-midi, je me suis pointé avec un copain dans le plus grand café-concert de la ville au milieu des officiers et des belles poules, vous voyez qu’on ne « marque » pas trop mal, puisqu’on ne nous vide pas.
Nous avons appris que, d’ici quelque temps, nous referons 12 heures par jour, parce que pas mal de types vont partir dans différentes villes de l’intérieur, pour travailler dans des usines de locos. J’espère que je ne partirai pas. Voilà déjà cinq semaines que je n’ai pas travaillé de nuit [14].
Courrier restreint
J’en profite pour vous envoyer une des deux lettres auxquelles nous avons droit chaque mois. Je vous écrirai au début de chaque mois et vers le 15. Entre-temps, je vous enverrai des cartes [15] dans la mesure du possible.
Je ne sais pas si, de votre côté, vous serez rationnés pour nous écrire mais, de toute façon, vu le nombre de copains de la région, j’arriverai toujours à savoir ce qui se passe au pays.
Cette semaine, je suis encore de jour, c’est la sixième semaine de suite, je suis maintenant seul sur ma machine et depuis hier elle ne tourne pas. Je n’ai plus de boulot.
Hier et aujourd’hui, il faisait un temps épatant on se serait cru au printemps, le soleil était vachement chaud et je me demande si on verra de la neige cet hiver [16].
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J’ai reçu mon colis aujourd’hui, je vous envoie cette carte pour vous en informer et vous rassurer. Il y a juste un mois qu’il est parti et est arrivé tout défait mais rien ne manquait. La boîte de pigeons est intacte et je la ferai cuire pour dimanche. Les œufs [17] aussi sont intacts et nous en utiliserons quelques-uns pour faire un gâteau chez notre boulanger [18].
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Vous avez l’air de croire que je pense à une permission, pas le moins du monde, je sais que je n’irai pas, on attend la quille [19].
Toujours le moral
Il fait un soleil comme en plein été, [comme] s’il n’y avait pas la neige et le fleuve gelé au large. Vraiment, il ne fait pas chaud. À l’usine, il fait bon, c’est chauffé jour et nuit et, en travaillant un peu, on est bien.
La semaine prochaine, je suis encore de jour, la dixième de suite, je ne travaille plus sur ma machine depuis un bon moment, il n’y a plus de boulot. J’ai travaillé sur une rectifieuse pendant quelques jours, et maintenant, je fais le transport de pièces, au pont roulant dans l’atelier.
J’ai donc reçu votre colis mardi dernier dans un assez mauvais état mais rien ne manquait et tout était en bon état, rien de cassé, rien d’abîmé.
J’ai touché à la dernière quinzaine 86 marks (1 720 francs). Soyez certains que je ne me laisserai pas abattre. Je voudrais pouvoir vous raconter comment on se débrouille.
Pendant que j’y pense, je vous demanderai de m’envoyer, dans le prochain colis, des clous pour mettre sous les souliers. C’est une chose devenue introuvable. Hier, j’ai touché une paire de bleus, je vais les ranger tout à l’heure, ils sont un peu trop longs, j’en profiterai pour laver les treillis à fond et je prendrai un des deux pantalons pour aller au travail. J’ai l’impression que, quand on partira d’ici, on n’aura pas grand-chose à remporter [20].
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Demain soir, il y aura une représentation cinéma en français, j’irai peut-être, si je n’ai pas d’autre occupation en ville.
Le ravitaillement va toujours bien, le placard est bien garni et j’ai de quoi voir venir en attendant de recevoir les 2 colis que vous m’annoncez [21].
Sans espoir de permission
Jusqu’à maintenant, [vos lettres] arrivent assez régulièrement. Ce sera toujours une satisfaction et un lien étroit parce que nous savons qu’il n’y a que nos familles qui pensent à nous. Les quelques rares permissionnaires, qui rentrent, nous ont présenté la situation morale en France et nous n’en sommes pas étonnés.
En attendant, nous faisons notre petite vie et attendons la quille parce que, question permission, il ne faut pas y compter. Il y a des hommes mariés, pères de famille. Ce serait normal qu’ils passent avant nous mais il y en a tellement qui ne sont pas rentrés, que les autres en supportent les conséquences.
Cette semaine, je suis encore de jour, c’est la treizième de suite. La semaine dernière, j’ai travaillé sur une perceuse aux bielles pour remplacer un Polonais parti. Il revient demain, je ne sais pas ce que je ferai.
Pas tout à fait oubliés…
Cet après-midi, j’ai lavé une grosse lessive, mais j’espère que maintenant il n’y aura plus guère de fois à en faire.
Ce soir, il y a une gamelle de faillots [22] qui trempe pour demain. Je mangerai ça, en supplément à la soupe du camp, avec mon copain de Villeneuve. Depuis très longtemps déjà, nous faisons tout ensemble. Lui aussi reçoit beaucoup de colis.
Vous me demandez comment va la nourriture au camp, il y a un changement sensible avec le début. Les patates tirent un peu, surtout depuis un mois, elles sont remplacées par des soupes de légumes secs ou des bouillies. Jusqu’à maintenant, je n’ai pas perdu un kilo.
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Hier, un contingent d’effets et de souliers est arrivé dans tous les camps, il y avait, pour la piaule, 11 paires de chaussettes, une chemise, un pantalon, une paire de souliers montants, 2 paires de bas et un imperméable. On a tiré au sort et j’ai gagné une paire de souliers bas marron. Naturellement, on les a payés, c’est au poil, je les mettrai pour sortir le dimanche.
C’est tout de la camelote qui vient de France. Pour une fois, on est obligé de reconnaître qu’ils ont pensé à nous. J’ai été très touché par le geste des copains. Il y en a tout de même qui ne nous oublient pas.
Vous me parlez des prix en cours chez vous, ce n’est encore rien à comparer d’ici. Je gagne au minimum 3 000 francs par mois et tout y passe, vous vous rendez compte.
Je me perfectionne dans la langue tous les jours, je n’ai pas peur maintenant d’affronter n’importe qui. Hier, j’ai attaqué un ingénieur-chef à la boite [23].
Du tabac pour un anniversaire
Un an et un jour de présence dans le cirque et il neige, comme en plein hiver. Depuis 3 jours, il en tombe sans arrêt mais comme le sol est humide, ça ne tient pas et il y a une couche de boue à ne pas mettre les pieds dehors.
J’ai mangé en ville avec tickets, les 4 copains m’ont souhaité mon anniversaire en m’offrant un paquet de gris [de tabac]. Nous avions un repas maison : saucisson, purée de patates, faillots au lard, riz au chocolat, pruneaux et tartes, gâteaux, café et pousse-café. Nous sommes rentrés à 3 heures du matin au camp. On attend que mon colis arrive, on refera quelque chose pour Pâques, quand le pinard sera là. J’espère qu’il arrivera dans le courant de cette semaine [24].
Des bombardements sur les villes
Je vous envoie vite cette carte pour vous rassurer sur mon sort, la radio a certainement annoncé que notre région avait été bombardée. Ils n’ont fait que passer au-dessus de la ville sans rien nous lâcher.
Dimanche après-midi, j’ai fait 1 h ½ dans les abris en deux fois, à ¼ d’heure d’intervalle et, dans la nuit, à 2 heures du matin, il a fallu prendre le large en rase campagne. Un peu plus d’une heure, les deux ports, à l’est et à l’ouest, ont dû comprendre, ça faisait du bruit.
La semaine dernière, j’ai reçu un colis de l’amicale, il m’a bien fait plaisir. Je vais envoyer une carte à Mlle Bellet [Institutrice à l’école de Saint-André-sur-Vieux-Jonc] pour remercier tout le monde [25].
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Dommage que nous ne puissions plus voyager. En ce moment, on parle de nous donner nos 15 jours de congé, mais à passer sur place. Il est question de faire partir pas mal d’entre nous dans d’autres villes. Vu mon travail, je ne crois pas bouger.
Toujours pas de nouvelles de France, les lettres n’arrivent plus, je ne sais pas ce qui se passe, enfin les colis arrivent, c’est beaucoup.
Hier, j’ai demandé une augmentation, elle m’a été accordée, ça fait environ quatre mille par mois, de quoi bien vivre [26].
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Hier matin, il a fallu que nous déménagions notre baraque parce qu’ils vont repeindre intérieurement et extérieurement tout le camp. Nous sommes installés dans une autre en attendant que tout soit fini.
Vous avez, à juste raison d’ailleurs, peur que nous soyons bombardés. Pour ma part, je ne crois pas, parce que j’ai l’impression que s’ils avaient voulu le faire, ce serait déjà fait. De toute façon, nous sommes bien fournis en abris et, au camp, nous sommes loin de la ville [27].
Aujourd’hui, il pleut après deux jours de chaleur étouffante orageuse. Nous avons appris, par des lettres de France, qu’Ambérieu, Lyon et d’autres villes avaient été à nouveau bombardées [28].
De l’argent envoyé ou dépensé
Tout à l’heure, je vous ai envoyé un mandat de 300 marks (6 000 francs) que vous n’aurez pas avant au moins 2 mois, puisque c’est la première fois. Il y a 14 mois, aujourd’hui, qu’on partait de Bourg, c’était aussi un lundi.
Hier, il faisait une chaleur torride (34-46 au soleil), c’est incroyable les changements de température.
Dimanche, avec le copain Jean de Villeneuve, nous sommes partis par le petit train dans le golfe, sur une belle petite plage, nous sommes rentrés tard le soir et lundi matin à 10 heures, on prenait le bateau pour la Baltique, à Kahlberg, un temps superbe encore, nous nous sommes baignés notre saoul et je suis rouge comme un coq. Nous avons fait des photos au poil. Pourvu que les pellicules que je vous ai demandées m’arrivent bien, nous aurons de bons souvenirs [29].
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Je ne sais pas si je vous l’ai dit, sur ma dernière carte, mais j’ai été encore une fois augmenté, 65 pfennigs de l’heure, c’est le maximum pour l’âge et la spécialité.
Ce soir je partirai un peu plus tôt à l’usine et tâcherai d’acheter de la salade et des radis, comme la semaine dernière. On en a mangé presque tous les soirs, ça fait du bien, une bonne salade, naturellement, on la fait à l’huile de remplacement, mais c’est bon tout de même.
Et vous, que faites-vous ? Il doit faire bon en France et le jardin doit commencer à être beau, si vous avez le temps de le faire. Pourrons-nous manger ensemble les confitures que vous ferez ? Je ne sais pas trop [30].
À l’écoute des événements
Ici on ne se casse pas la tête, nous sommes au courant de tout ce qui se passe et, patiemment, on accepte son sort et on attend des jours meilleurs. Les bobards les plus bizarres circulent, on y prête plus ou moins attention, suivant de quelle source ils proviennent.
J’ai oublié de vous dire que j’ai encore une fois changé de piaule. Je suis resté avec Chagneux, le copain de Villeneuve, dans une Stube [chambre] peinte à neuf. Quand la nôtre sera faite, nous y retournerons ensemble, comme une bonne famille, jusqu’à la quille [31].
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Aujourd’hui, jour de déception, on nous a annoncé que les permissions étaient supprimées, à partir de ce soir. Je devais y être à partir de lundi jusqu’au mardi suivant. On avait projeté des tas de choses avec Chagneux et, à la place, il faudra travailler 12 heures de nuit.
Hier, il faisait une chaleur terrible et je suis allé à la mer, parti à 6 h, retour à 8 h le soir, toute la journée à l’eau et au soleil. Je suis noir comme un corbeau, ça repose et on oublie l’usine et les machines, pour un moment.
La semaine prochaine, je serai en permission, je vais justement ce soir un peu plus tôt à l’usine pour la poser, ainsi que pour des copains [32].
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Quelques-uns ont reçu un peu de courrier et nous sommes au courant de ce qui s’est passé à Bourg. J’espère que vous ne vous trouviez pas dans la rafle [33]. Mais, ne vous en faites pas, les lettres des uns sont vues par tous et, en somme, on a l’impression d’avoir des nouvelles de chez soi [34].
De plus en plus d’alertes
Je vous ai dit, sur ma dernière carte, que certains étaient déjà partis de l’usine, prévenus le soir pour le lendemain matin. Ils sont à quelques kilomètres d’ici et font des travaux de terrassement. Hier matin, il en est reparti un contingent et vendredi il en part un autre.
On débarrasse un peu les stocks parce que, de toute façon, on ne pourra pas tout emporter si, un jour assez rapproché, nous devions partir. Depuis quinze jours, on s’en met plein la lampe et du bon. J’ai engraissé et les placards sont pleins à bloc.
Pendant mes dix [jours] de permission, j’en ai profité, tous les jours à la mer. Je suis bronzé comme si j’avais passé un mois sur la Côte d’Azur.
Dimanche, je voulais aller encore une fois à la mer par le petit train, mais nous arrivions en ville lorsque l’alerte sonna. Il nous a fallu passer une heure dans la cave, nous n’avons rien reçu cette fois encore.
L’autre semaine, c’était au milieu de la nuit, trois soirs de suite qu’on était réveillé par des visiteurs aériens. Maintenant, il faudra s’attendre à en avoir de plus en plus souvent.
Avant-hier, j’ai reçu une lettre de Jean [35] qui m’annonce avoir rendu visite aux parents des copains. La lettre a fait le tour de la piaule et vous pouvez croire que tout le monde était heureux, c’étaient des vraies nouvelles fraîches [36].
Plus de courrier après cette lettre, jusqu’en avril 1945, pour annoncer son retour… qui sera tardif.
ANNÉE 1945
De janvier à mai 1945, Jean tient un carnet où il note les événements que voici, souvent en style télégraphique. Voir la carte de l’offensive russe.
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Dans la neige et le verglas
24 janvier. Depuis deux semaines, l’armée tourne au ralenti. Le 23 janvier au soir, les blindés russes pénètrent dans la ville d’Elbing. On se croit libérés mais ils reculent et, dans la nuit, à 2 heures du matin, on reçoit l’ordre d’évacuer à pied sur Dantzig.
Confection de luges avec les dossiers de chaises. On sauve une grande partie du matériel. Temps très froid, beaucoup de neige et de verglas.
24 janvier au soir. On couche dans une ferme tout près d’Elbing. L’artillerie pilonne les positions avancées russes. Notre avance se fait très lentement dans l’espoir d’être pris par eux, mais les Allemands les retiennent et nous sommes contraints de poursuivre notre marche.
25 janvier. Journée très froide. Nous couchons dans une ferme. Très bon accueil, nourriture, lait et bon lit dans l’écurie.
26 janvier. Il neige. On approche de la Vistule. On trouve du pain sans ticket et du tabac à volonté. Passage de la Vistule gelée par bateau. Pieds et mains en prennent un coup. Nous couchons dans une grosse ferme. Lait à volonté.
Les femmes juives du Stutthof [37] couchent dans la même ferme. On assiste de loin au premier bombardement de Danzig : la K.D.F est touchée. Nombreux morts et blessés parmi les Français.
28 janvier. Dimanche après-midi, arrivée à Danzig. Après avoir dévalisé une voiture de réfugiés, bon stock de lard. Logement au camp 2 puis, le lendemain, au camp 3 ; 30 par piaule de 16. Jean se fait caser comme boulanger en ville.
Samedi. Départ pour Lappin. Faire des tranchées pour l’armée. 7 jours de travail sur 1 mois ½. On se défend pour la nourriture dans les fermes des environs.
20 février. Départ de Lappin à pied pour Danzig. Il y a de la neige et il fait à nouveau très froid. Nous transportons notre matériel sur une échelle aménagée en traîneau.
Arrivée à Danzig dans l’après-midi. On court d’un camp à l’autre pour être finalement logés à Heibude, dans un camp de Polonais et de Russes.
Le travail : tranchées pour l’armée et travaux divers en ville. Corvée de patates, de seigle dans les fermes des environs.
Corvée de patates à Kahlbüde [actuellement, Kolbudy, dans le district de Gdańsk], apport d’un bon sac à la piaule pour les copains.
Corvée de seigle à 10 km après Praust [actuellement Pruzcz Gdański]. Départ en camion ; il oublie de revenir nous chercher si bien que nous sommes obligés de coucher sur place, dans l’écurie avec l’armée allemande, des S.S.. Nous sommes nourris par eux.
Mitraillés par les Russes
Le village, dans lequel nous couchons, est en première ligne. Les obus allemands nous arrivent sur la figure, les balles sifflent et l’aviation mitraille, c’est le premier contact avec le front.
Les habitants sont évacués et toutes les maisons sont vides et ouvertes au public. Naturellement, nous les visitons et récupérons lapins et poulets qui nous permettent d’améliorer l’ordinaire. Nous en emportons au camp pour les copains.
Au retour, le lendemain, dans la ville de Praust, nous sommes surpris à nouveau par l’aviation russe qui mitraille le quai de débarquement. Nouveaux exercices de camouflage derrière les arbres et plat ventre dans les fossés.
Nous arrivons à Danzig qui brûle par endroits du second bombardement. La semaine se passe en travaux divers en ville, tranchées pour l’armée à Oliva [actuellement Oliwa ; 17 km du camp à pied].
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Mercredi 20 mars. Sur le terrain, nous sommes repérés par l’aviation russe qui nous mitraille en rase motte et nous lance des grenades explosives. Sept copains sont blessés sérieusement. Je prête secours à un gars qui a la jambe gauche complètement arrachée. Premières visions de guerre.
Le retour au camp se fait le soir, par petits groupes, à travers la ville, pour éviter le trop grand nombre de blessés, car le bombardement continue.
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Jeudi 21 [mars]. Les premiers obus arrivent dans le terrain vague longeant le camp. Un éclat transperce la piaule de part en part [38].
L’aviation pilonne doucement mais avec une précision incomparable les points sensibles de la ville. Les premiers dépôts de munitions sautent et les centres de ravitaillement brûlent. Aucun avion de chasse allemand pour réagir, la D.C.A. n’est pas efficace, l’aviation russe se chargeant de la réduire au silence.
De jour en jour, l’artillerie intensifie son tir. L’aviation, favorisée par le beau temps, continue ses bombardements en piqué.
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Vendredi 22 [mars]. Nous avons repos au camp. Défense de sortir en ville. Je tente une échappée pour aller au ravitaillement en viande et suis arrêté tout près du camp par une patrouille, conduit au chef de camp et tire 24 heures en prison.
Samedi 23 [mars]. Je sors de prison et travaille à l’abri du chef de camp sans avoir mangé depuis la veille. Suis ravitaillé en douce par les copains.
Lundi 25 [mars]. Nous partons en direction d’Oliva faire des tranchées pour l’armée, mais je n’ai pas l’esprit « ouvrier » et réussis à m’évader de la colonne en cours de route vers la gare.
Je descends me réfugier pour la journée chez Chagneux et lui donne un coup de main pour enfourner et défourner. Il me retient chez lui et je couche dans sa chambre. Le lendemain, je travaille avec lui et, le soir, je rentre au camp.
Solidarité entre blessés
Surprise désagréable pour moi en arrivant dans ma piaule, après avoir subi quelques déflagrations d’obus en ville. Les copains sont partis et les Polonais occupent notre place.
Une question se pose, savoir où sont les gars et ce qu’ils ont fait de mon sac. Je suis obligé de raconter une histoire à tout casser au chef de camp pour qu’il encaisse le coup.
Heureusement, 2 gars blessés sont restés au camp, dans une petite piaule, pour conserver les bagages des copains blessés pendant la semaine précédente. Je me joins à eux et réussis à me faire passer pour blessé [39] ; ce qui m’exempte de travaux.
Nous nous occupons essentiellement à faire à manger, car la nourriture du camp est très insuffisante. La ville subit des tirs intensifs d’artillerie et des bombardements sérieux d’aviation.
Jeudi 28 [mars]. Nous quittons notre petite piaule pour aller loger dans une dépendance du réfectoire, mais la vie devient très dangereuse et presque intenable hors des abris.
Nous sommes actuellement 6 copains dans cette petite piaule. Sur avis général, nous décidons de nous construire un abri individuel, les autres étant surchargés, pas assez confortables et pas très solides.
Nous commençons à travailler à 7 h le soir, toute la nuit jusqu’à 8 heures du matin. Il fait très beau et les Allemands lancent du brouillard artificiel. L’aviation nous laisse en paix. L’artillerie pilonne sur notre gauche mais nous sommes à peu près tranquilles pour travailler. Dans la matinée notre abri est fini et nous allons y loger définitivement.
Jours d’angoisse
Le lendemain 29 mars, un de nos copains, ne voulant pas descendre à l’abri, est tué par un obus sur un rempart de l’abri. On tremble dans notre souterrain. L’artillerie donne à plein sur les voies et les pièces allemandes longeant le camp.
Le chef de camp profite d’une accalmie pour fuir. Depuis 3 jours, le camp ne fait plus à manger, nos réserves sont épuisées, il faut faire quelque chose. Les Polonais, à l’abri voisin du nôtre, enfoncent la porte du magasin à vivres. Nous sommes les premiers à piller et nous sommes bien servis : semoule, farine, viande, sucre, miel, etc. Nous avons à manger pour 2 semaines, nous sommes maintenant 8 dans l’abri, d’autres Français sont venus, leur autre abri éboulé sous un obus.
Les nuits sont intenables tellement l’artillerie russe nous pilonne dur, heureusement nous avons du tabac. 30 mars – Anniversaire – le camp gêne les Russes, il est pris sous le feu de l’artillerie, les baraques flambent, notre abri commence à brûler aussi – nous réussissons à maîtriser l’incendie sans nous occuper de l’artillerie.
Prisonniers des Russes
31 mars. Délivrance [40]. Les premiers Russes, qui étaient à 100 m de nous depuis 3 jours, nous font prisonniers dans la matinée et nous évacuent de la zone dangereuse dans l’après-midi.
Nous traversons la ville de Danzig qui est complètement calcinée ; vision inoubliable de destruction et de macchabées. Nous sommes logés à Langführ [actuellement Wrzeszcz, arrondissement de Gdańsk situé au centre-nord de la ville], dans une maison civile.
1er avril. Nous sommes emmenés un peu plus loin dans une grande maison civile où nous restons 3 jours. Nous ne sommes toujours pas nourris, il faut piller.
5 avril. Nous sommes emmenés à pied sur Karthaus [actuellement, Kartuzy, ville située à 32 km à l’ouest de Gdańsk]. Trois jours pour faire 30 kilomètres. On se nourrit dans les fermes abandonnées. On couche où l’on peut. Nous n’avons pas touché de ravitaillement depuis plus d’une semaine, il faut se débrouiller par soi-même.
Arrivée à Karthaus dans la matinée du 8 avril. Le soir, à 6 heures, nous repartons sur un wagon plat sur Thorn [actuellement Torun] où nous passons 2 jours à la Croix-Rouge polonaise.
Départ à pied de Thorn pour être hébergés dans un château en Pologne. Nourriture assez bonne et nous ne travaillons pas, à part les petites corvées de camp.
Une lettre du 18 avril 1945
Je peux vous rassurer sur mon sort [41], je suis sorti sain et sauf de la bagarre, sans une blessure, sans un instant de maladie. En ce moment, nous sommes loin du front, en Pologne, en pleine campagne, à une vingtaine de kilomètres de toute ville.
Nous sommes dans ce château en attendant notre rapatriement. Nous avons déjà rempli des fiches et signé des états. D’après les derniers renseignements, nous serons probablement rapatriés par Odessa, la Mer Noire, la Méditerranée et débarquerons à Marseille. Il se peut aussi que nous attendions la fin de la guerre pour rentrer directement à travers l’Allemagne. Les deux solutions sont possibles.
J’ai perdu Jean Chagneux, à Danzig, autour du 22 mars. Il travaillait en ville comme boulanger et c’était trop dangereux pour aller le voir. J’espère qu’il s’en sera tiré sain et sauf lui aussi.
Dernières notations sur son carnet
4 mai [1945]. Départ du château pour prendre le train à Thorn. Arrivée à Kalinine [actuellement Tver, en Russie] le 29 mai. Séjour dans un camp. Pas beaucoup de travail mais nourriture très minime.
29 juin [1945]. Une délégation française avec le général Keller vient nous rendre visite et nous donner des précisions sur le rapatriement.
Celui-ci se fera par l’ouest et non par Odessa.
Michelle Pomathios
Membre du conseil d’administration des Chroniques de Bresse.
Pour en savoir plus sur les S.T.O. de l’Ain :
Deuxième Guerre mondiale : le S.T.O. ou aller travailler en Allemagne
Photos
[1] Voir notre chronique ! Lien à la fin de celle-ci.
[2] Lettre du 23 mars 1943.
[3] Voir la carte.
[4] Lettres des 23, 26 et 29 mars 1943.
[5] Il travaille dans la fabrique de locomotives F. Schichau.
[6] Lettre du 6 avril 1943.
[7] Lettre du 10 avril 1943.
[8] Lettre du 23 avril 1943.
[9] Lettre du 1er mai 1943.
[10] Lettre du 25 mai 1943.
[11] Lettre du 11 juillet 1943.
[12] Lettre du 15 janvier 1944. Voir carte page 00.
[13] Lettre du 22 janvier 1944.
[14] Lettre du 26 janvier 1944.
[15] N.D.L.R. : les cartes (type carte postale) comportent un côté pour les adresses, et un côté pour la correspondance. Il y a un peu d’espace sur le premier pour augmenter le contenu.
[16] Lettre du 1er février 1944.
[17] Il s’agit d’œufs frais et, une seule fois, en mai 1944, l’un sera cassé au cours du transport.
[18] Carte du 8 février 1944.
[19] Carte du 13 février 1944.
[20] Lettre du 16 février 1944.
[21] Carte du 25 février 1944.
[22] Des haricots. Orthographe utilisée par Jean Guyot.
[23] Lettre du 18 mars 1944, reçue le 21 avril 1944.
[24] Carte du 26 mars 1944.
[25] Carte du 11 avril 1944.
[26] Carte du 16 avril 1944.
[27] Lettre du 8 mai 1944.
[28] Carte du 15 mai 1944.
[29] Carte du 30 mai 1944.
[30] Lettre du 4 juin 1944.
[31] Lettre du 19 juin 1944.
[32] Cartes du 28 juin et 10 juillet 1944. Lettre du 28 juillet 1944.
[33] Rafle du 10 juillet 1944 où plus de mille personnes ont été concernées.
[34] Lettre du 8 août 1944.
[35] Jean Levrot, compagnon d’infortune de Jean, depuis le 22 mars 1943, hospitalisé, réformé et rentré en France.
[36] Lettre du 20 juillet 1944.
[37] Premier camp de concentration nazi établi en dehors du territoire allemand, dès août 1939, au bord de la Baltique, à 34 km de Dantzig. Voir carte.
[38] Sans réfléchir il saisit l’obus pour le retirer du mur où il est resté enfoncé ; il se brûle évidemment la paume. Témoignage d’après-guerre.
[39] Il se blesse volontairement au talon pour ne pas aller travailler.
[40] A l’aube, ils sont réveillés par les soldats russes ivres qui les obligent à boire de la vodka pour fêter leur victoire, en les tenant en joue avec leurs mitraillettes !
[41] Comme à l’accoutumée, il intitule sa lettre "Chers parents, cher frère". Il ne sait pas que son père est décédé en septembre 1944.













