La route de Lyon (2), de Bourg à la commune de Péronnas

Notre précédente chronique se terminait par une perspective de la route de Lyon à la sortie du Pont-de-Lyon. Là, nous avons parcouru une centaine de mètres et nous nous sommes retournés, en direction de Bourg.

La "Route de Lyon" au début du XXe siècle. Un commerce est situé de part et d’autre de l’avenue.

Si nous reprenons notre route sur la gauche, nous trouvons d’abord le "Café du Pont", tenu par Marie Lambert au début du XXe siècle, au n° 89 de la route de Lyon.

L’établissement a évolué avec, sur la rue, une terrasse abritée et une épicerie-mercerie a été créée juste à côté. La Route nationale est bordée de platanes.
Une autre vue du Café Chène.

Un café, bar, restaurant, hôtel...

Peu après et jusque au-delà de la Première Guerre mondiale, il va être géré par Jules et Marie Chène et être un hôtel-restaurant et une pension.
Sur une carte postale similaire à la première, Marie et Jules Chène sont indiqués, par une insertion manuscrite, comme étant les deux personnages situés à gauche.

Bien des années se sont écoulées puisque cette vue date d’avril 1995. Elle indique l’évolution des lieux. L’hôtel-restaurant deviendra "Chez Annie", une enseigne restée célèbre dans les mémoires. Le centre de cette photographie montre l’ancien emplacement de l’octroi, le lieu de perception des taxes à l’entrée de la ville. Il a fonctionné de son déplacement ici au n° 93, à la suite du Conseil municipal de Bourg le 22 mai 1904, jusqu’en 1944.
À droite, un magasin de réparation et vente de cycles a été créé par Célestin Pond, dans les années 1920. Après la Seconde Guerre, il est repris par Robert Pedenon puis par "Mini" Turillon, jusqu’à sa fermeture.
En 1930 ou 1931, la numérotation des maisons a changé et l’hôtel-restaurant sera désormais situé au n° 17. À la même époque, l’établissement est repris par André Comtet et son épouse sous l’appellation Café Comtet.
Passionné de football, André Comtet accepte la présidence de l’Union sportive de Péronnas (U.S.P.) en 1933 ou 1934. Il s’y investit pleinement et son équipe est Championne de l’Ain à l’issue de la saison 1936-1937 et accède au championnat de Promotion du Lyonnais. Il a réalisé la fusion entre l’U.S.P. et le Racing Club de Bourg, déplacé le siège social dans son établissement et le club est devenu l’Union sportive Péronnas-Bourg.

André Comtet initie la construction du stade avec l’aide de Bons de caisse remboursables et le concours des joueurs et du 5e Régiment des tirailleurs marocains, caserné à Bourg. Terminé en 1939 mais non inauguré à cause de la déclaration de guerre, le stade sera municipalisé en mars 1954 et deviendra le Stade municipal de Péronnas. Par la volonté du Régime de Vichy, le club deviendra le Football-Club de Bourg-Péronnas (F.C.B.P.) le 4 mai 1941.

Une des premières photographies de l’Union Sportive de Péronnas prise sur le stade du quartier des Granges Bonnet (vers l’actuelle "rue de la Gravière"), avec le capitaine Félix Chapuis (debout à gauche) et Victor Venet (2e accroupi à droite), capitaine et joueur emblématiques. Les équipes comptaient onze joueurs, sans possibilité de remplacement.

Après la guerre, période particulière, l’établissement est repris sous l’appellation Hôtel du Pont par MM. Jouhan (1949) et Léon Forestier (1954), puis par Robert Allamand qui y restera longtemps, jusqu’à "Annie".

Le "café" est aussi le lieu de réunion des ouvriers de l’usine voisine, comme ici un départ en retraite en 1955. À l’époque, la coutume était d’offrir un fauteuil à tout retraité.

L’établissement reste le siège le siège du football-club et celui de la Boule des Côtes lorsque le café de ce quartier fermera.
L’établissement vit des heures particulières en mars 1993 lorsque le F.C.B.P. accède aux 16e de finale de la Coupe de France contre le F.C. Nantes, alors champion de France. Le quotidien sportif L’Équipe délègue un de ses journalistes, pendant une semaine, pour réaliser un reportage sur la ville et le club, en plusieurs épisodes.

Une vue du match F.C.B.P. - F.C. Nantes, âprement disputé, sur le Stade Marcel Verchère à Bourg-en-Bresse.

Sur le Stade Verchère de Bourg-en-Bresse, les Bressans poussent les Nantais aux prolongations, avant d’être éliminés (3-2), dans une folle ambiance.
L’aventure recommence et, lors de la soirée du 8 février 1998, en 8e de finale sur le Stade Gerland à Lyon, le F.C.B.P. élimine le F.C. Metz, futur champion de France (2-0). Une joyeuse folie s’empare du stade et le siège du F.C.B.P., où la foule envahit la route et impose le détournement de la circulation pendant une partie de la nuit. L’aventure s’arrête au tour suivant, toujours au Stade Gerland, face à l’Olympique Lyonnais (0-1).

Le soir du 8 février 1998, devant Chez Annie, la foule attend le retour des héros.
À leur arrivée, les joueurs (ici, Boris Berraud) ont des difficultés à fendre la foule pour rejoindre le siège du club.

Le club connaît d’autres aventures en Coupe de France, attirant des journalistes ou animateurs comme ici Luis Fernandez pour son émission Luis Attaque le 6 février 2012.

L’ancien "tricolore" Luis Fernandez (à droite) anime son émission en direct depuis le bar, pavoisé de ballons blancs et bleus.

Le bar cesse son activité en 2023-24, juste avant la démolition du bâtiment, pour laisser la place à un immeuble résidentiel, en construction durant les années 2025 et 2026.
De part et d’autre, l’avenue est bordée d’autres commerces ou boutiques d’artisans qui évoluaient au fil des années. La route est encore bordée de platanes et les plus anciens se souviennent que, sur la droite, l’entrée d’une propriété était encadrée de deux magnifiques et géants gingkos bilobas, ces "arbres aux mille écus", à cause d’un feuillage qui passe au jaune vif, en automne. Par contre, à leur décomposition, les cônes tombés à terre dégagent une odeur nauséabonde.

La succursale Casino était située sur la droite et, après-guerre, l’employée Alice faisait des livraisons avec un tricycle qui n’a rien à envier aux actuels "vélos-cargos".
Cette inscription est toujours présente en 2026. Au fond et à droite, l’immeuble est construction sur l’emplacement de l’hôtel-restaurant.

Une usine, la T.C.B.

Plus au sud, Ernest Chaudouet crée la Tréfilerie-Câblerie de Bourg (T.C.B.) en 1906. Toujours active en 2026, après avoir changé d’appellation plusieurs fois, cette usine est encore une image incontournable de l’avenue.

Le fondateur Ernest Chaudouet à proximité de son usine, vers 1907.
Vue aérienne de la T.C.B. en 1922, extraite d’un catalogue de l’entreprise. Au cours de sa campagne de prises de vue, l’avion, en difficulté, a dû se poser sur un terrain de Péronnas.
L’atelier de mise sur bobines et emballage des câbles, années 1920. Photographie extraite d’un catalogue T.C.B. (don de M. Brédy).
Publicité extraite de l’Annuaire Fournier de l’Ain de l’année 1937.
Rare moment de répit pour ces ouvriers des années 1950-1960.
Une nuée de cyclistes pour une sortie de l’usine dans les années 1950-1960.
Une vue aérienne de 1966, à une période où le personnel de la T.C.B. est à son maximum, avec plus de 1 200 ouvriers. Des circuits en autocars sont organisés pour les ouvriers éloignés du site.
En ce XXIe siècle, l’entreprise AcelorMital Wire France produit toujours des câbles d’acier de haute technologie.

À l’occasion du 90e anniversaire de la T.C.B., en 1996, Réné Billouz et Alain Gilbert ont publié un ouvrage de 204 pages De la Tréfilerie-Câblerie de Bourg à Tréfileurope, éditions Musnier-Gilbert.

Les points d’impacts des bombes, d’après une étude de François Chaume, habitant du quartier du Peloux.

Au début de la Seconde Guerre, la gare est visée par un bombardement italien le dimanche 16 juin 1940, alors que la ville et la route de Strasbourg à Lyon sont envahies par les gens qui fuient l’avancée des troupes allemandes, la "Débâcle". La cible est manquée et les bombes s’abattent essentiellement dans le secteur du Pont-de-Lyon et sur la T.C.B., faisant 13 morts et 25 blessés. La dernière bombe est tombée à la sortie de Péronnas. La ville n’a pas connu d’autres attaques aériennes.

D’un carrefour à l’autre

En face de la T.C.B., à l’ouest du carrefour, les cités P.L.M. (Chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée) ont été bâties durant les années de 1930 à 1932. Les huit bâtiments regroupent 72 logements et la première famille s’est installée en février 1932. Sur le site, sont aussi aménagés des jardins ouvriers et un terrain de boules, le Clos SNCF, encore actif aujourd’hui. Le Racing-Club des Cheminots Bressans (R.C.C.B.) a été créé en 1931 et, au fil du temps et en plus de "boule lyonnaise", il a compté des sections de rugby, football, tennis de table et ski.
À ce carrefour, au coin Est, il y a eu l’Épicerie Astruc, remplacée ensuite par une pharmacie. Cette "sortie de Bourg" était favorable à l’installation d’artisans et elle a été l’objet d’un aménagement routier - une piste cyclable - dans les années 1970.

À l’image de Raymond Puitin, divers artisans se sont installés le long de la route nationale.

Le carrefour suivant est celui du quartier des Granges Bonnet. Sur le versant ouest, de part et d’autre, le lieu était celui de Daniel Nicolas, qui tenait un garage et un café-restaurant. Ce dernier e a été perpétué jusqu’à aujourd’hui, par des propriétaires successifs. En face, un peu en retrait de la route, Joseph Guillaume (1863-1930), fils de la terre et employé de banque, s’est initié par lui-même à l’astronomie en créant un observatoire.

Joseph Guillaume (au fond, à gauche) et ses collègues de l’Observatoire de Givors.

L’Académie royale de Belgique a été la première à s’intéresser et à publier ses travaux. Désormais considéré, il intègre l’Observatoire de Lyon en 1892, implanté à Saint-Genis-Laval, et poursuit ses recherches au-delà de la retraite, jusqu’à son décès.

Battages chez Léon Bouvard, marchand de bois, vers 1930.

Près du carrefour, côté ouest, étaient installés un marchand de bois et un marchand de porcs ; Péronnas étant encore étalé dans un paysage rural, jusqu’à l’actuelle mairie.

Au carrefour du chemin de Bellevue et du chemin de l’église, passage de l’imposant peloton des cyclistes participant à "La Bisou", cette épreuve cyclosportive créée en 2003 par un groupe de copains en l’honneur de l’un des leurs. En 2025, elle a été 27e du classement national des participations.

Un carrefour près de la mairie

L’actuel centre de la cité a été créé dans les années 1990 par la volonté des élus. À l’origine, la seconde école communale a d’abord été installée au bord de la route nationale, loin de l’église, leu traditionnel d’agglomération de tout village. Ensuite, la "vie" s’est animée autour de cette école, jusqu’à prendre une importance certaine.

L’école communale vers 1905. Le bâtiment central a été élevé, en 1883, pour une école de filles mais celles-ci ont été reléguées au hameau de la Croix et les garçons ont été installés. Les filles y sont venues en 1903 lors d’un regroupement et les bâtiments ont évolué en fonction de la progression du nombre d’élèves.
La paisible route nationale, bordée de platanes, au début du XXe siècle.
En face de l’école-mairie, le café, ou commerce en tous genres, était le lieu de sociabilisation de la commune. C’est dans la cour, à l’arrière, que le club de basket, créé en 1934, jouera ses matches. Sur la droite, la galerie abrite peut-être le jeu de quilles, où de l’argent était engagé pour chaque partie.
Ce lieu de vie est personnifié par André Couard, l’homme à la casquette, ici à côté des conscrits, en 1947. Plus tard, l’établissement deviendra "La Grenouille Bressane", une table renommée.
De l’autre côté de la route, un autre restaurant accueillait le public et les groupes.
Dans les années 1960-1970, la commune s’agrandit et des immeubles collectifs sont construits avec, devant, un espace laissé libre pour l’installation d’un "centre commercial".
La circulation s’intensifie sur la route nationale : les platanes ont été retirés et des "feux tricolores" sont installés au carrefour de la mairie en 1976.
En face de la mairie, côté sud, le restaurant est désormais "Le Capricorne". Dans les années 1990, il devient "La Marelle", un restaurant "étoilé" par le Guide Michelin.
Une vue aérienne de Péronnas au début des années 1970. En face de la mairie (X), le côté ouest est encore occupé par une prairie. C’est à partir de 1991 que le Conseil municipal décide d’ouvrir une voie pour créer un carrefour qui marquera le centre de la cité.
La carrefour a été établi et, après le retrait des écoliers, les bâtiments de la mairie seront modifiés. Péronnas bénéficie des transports urbains de Bourg depuis décembre 1969.
La nouvelle rue du carrefour de la mairie apparaît à l’arrière du massif de fleurs.
Une photographie aérienne du centre de Péronnas en 2017.

Notre balade se termine ici, avec une photographie récente (2017) qui appartient déjà au passé, à la suite des travaux en cours. Le parcours aurait pu continuer vers le sud jusqu’aux zones d’activités économiques, tant la commune de Péronnas est active, comme l’ensemble de l’agglomération burgienne.

Rémi Riche

Avec la collaboration de Claude Brichon et Gyliane Millet, tous habitants de Péronnas.
Janvier 2026
La route de Lyon, de Bourg-en-Bresse à Péronnas (1)
Sources :
Archives municipales de Péronnas, bulletins municipaux de Péronnas (n°1 en 1973), Archives départementales de l’Ain.
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Bibliographie sommaire

De la Tréfilerie-Câblerie de Bourg à Tréfileurope par René Billouz et Alain Gilbert. 204 pages. Musnier-Gilbert Éditions. 1996.
Il était une fois à l’ouest... de Bourg-en-Bresse - Le quartier Peloux-Mail. Ouvrage de 196 pages, édité par Terre en couleurs. 2010.
Football-Club de Bourg-Péronnas par Rémi Riche pour l’Amicale des Anciens du F.C.B.P.. 240 pages. Éditions de la Catherinette. 2008.
Péronnas 1939-1945 par Rémi Riche. 96 pages. Édité par Péronnas Animation et Culture. 1995.
Péronnas Hier et aujourd’hui par Rémi Riche. 160 pages. Édité par Mémoires de Péronnas. 2017.

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