Le 11 novembre 1943 à Bourg-en-Bresse, Oyonnax et dans l’Ain

Le 11 novembre 1943, dans l’Ain, est connu par le défilé d’Oyonnax mais, ailleurs, bien d’autres initiatives ont été prises, toujours sous le slogan Les Vainqueurs de demain aux Vainqueurs de 1914-1918.

Le 11 novembre 1943 est une date marquante pour la Seconde Guerre mondiale. Elle a suscité beaucoup de récits et nous nous permettons d’ajouter les rapports des gendarmes, rédigés au moment des faits et conservés aux Archives départementales. Quatre-vingts ans plus tard, ils surprennent par leur objectivité et leur qualité rédactionnelle et orthographique. Ils sont ici reproduits littéralement malgré leurs quelques imperfections.

Le dilemme de Vichy

Le 11 novembre 1940 est un moment paradoxal pour Pétain qui a institué un régime qui s’appuie sur les anciens combattants de 14-18, incités à se regrouper dans les sections communales de la Légion Française des Combattants. Pétain, héros lui-même de cette guerre 14-18, peut-il les priver d’une commémoration bien ancrée dans leurs habitudes depuis 1922 ? Est-il possible de commémorer une victoire sur un ennemi avec lequel on pactise désormais ? La cérémonie ne va-t-elle pas susciter des réactions néfastes alors que des denrées commencent à manquer, que les restrictions se multiplient ?
Aucune réponse n’est apportée à ces questions et ce sera donc une Cérémonie du souvenir, associant les combattants morts en 1939-1940 à ceux de 1914-1918. « Le gouvernement a décidé qu’en raison du deuil de la patrie, le travail ne sera pas arrêté au cours de la journée du 11 novembre 1940 ; que les édifices publics ne seront pas pavoisés, mais que cette journée sera marquée du signe d’un profond recueillement ; qu’à la diligence des autorités locales et des associations, des services religieux pourront être célébrés et des palmes déposées au monument aux morts et, qu’au cours des cérémonies commémoratives, une minute de silence sera observée. (…) En outre, dans les établissements [scolaires] où sont apposées des plaques portant les noms des maîtres ou des élèves morts pour la patrie, il serait bon que les chefs d’établissement organisent une cérémonie intime pour rappeler aux jeunes générations le souvenir glorieux de leurs anciens [1] ».
Les mêmes dispositions sont adoptées pour l’année 1941. En 1942, la cérémonie du souvenir est associée et avancée à la Toussaint.

Les communes choisissent le dimanche 10 novembre pour rendre hommage à leurs morts.
Pendant la guerre, la fête de la Saint-Martin est maintenue à Bourg-en-Bresse.
Tract massivement éparpillé dans les rues d’Oyonnax dans la nuit du 9 au 10 novembre 1942.

Une grande simplicité en 1943 ?

À l’automne 1943, un an après le débarquement en Afrique du Nord, les autorités françaises tentent de contrôler une situation intérieure de plus en plus difficile. Aussi un couvre-feu est-il instauré de 22 heures à 5 heures à la mi-octobre. Radio-Londres est de plus en plus écoutée et, pour la Résistance, regroupée sous l’égide des Mouvements Unis de Résistance (M.U.R.) depuis janvier 1943, le 11 novembre est une date à ne pas manquer.

Sous l’égide des M.U.R., les divers groupes de la Résistance intensifient leur propagande en faveur du 11 novembre 1943.


L’hommage "officiel" aux victimes des guerres est à nouveau fixé au 1er novembre 1943 et le gouvernement prône la simplicité. La consigne n’est nullement respectée et le gouvernement le reconnaîtra, après-coup. « La semaine qui vient de s’écouler, particulièrement fertile en incidents de toute nature, a présenté un caractère essentiellement expressif et édifiant, quant à l’ampleur que tendent à prendre les mouvements de résistance sur le sol français [2] »
L’espoir a en effet changé de camp car la situation a bien évolué. Les Allemands, défaits à Stalingrad et en Afrique du Nord, refluent et les Alliés ont déjà repris la Sicile et Naples. En outre, l’instauration du Service du travail obligatoire (S.T.O.), le 16 février 1943, a rendu impopulaire le gouvernement de Vichy et bien des jeunes ont "pris le maquis" et rejoint les camps de la Résistance. Celle-ci se sent plus forte et elle commence à recevoir des parachutages d’armes. Les Mouvements Unis de la Résistance ont demandé que le 11 novembre 1943 soit commémoré aux monuments aux morts avec l’inscription « Les vainqueurs de demain aux vainqueurs de 1914-1918 ». La manifestation la plus aboutie et la plus emblématique est celle d’Oyonnax mais elle n’est pas la seule, dans l’Ain, selon les documents conservés aux Archives départementales.

À Oyonnax

« Une distribution de 150 tracts signés "Mouvements Unis de Résistance" invitant la population à manifester au monument aux morts [3 mots rayés] ; en outre, quarante tracts ronéotypés, de source communiste, ont également été distribués. Ils invitent la population à manifester le 11 novembre et sont signés : "Région du P.C. Français". Des "V" en assez grand nombre sont tracés au minium sur les murs de la Ville. Les auteurs sont inconnus ».
« À 12h05, des jeunes du maquis, vêtus en uniforme des Chantiers de jeunesse, sont descendus dans cette ville, armés de mitraillettes et de révolvers. Des individus ont fait irruption dans le central téléphonique et ont empêché les employés de travailler. D’autres interdisaient l’entrée et la sortie du bureau de poste et le reste défilait dans les rues en chantant la Marseillaise et ont déposé une gerbe au monument aux morts. À 12h25, tout était terminé. À 12h50, à La Cluse, ont été aperçus 10 véhicules, un camion, sept camionnettes et 2 voitures de tourisme qui ont transporté les jeunes du "Maquis". Là, la colonne s’est scindée en deux. 4 véhicules ont pris la route de Saint-Martin-du-Fresne et, les autres, celle de Nurieux. On a remarqué 4 individus habillés en officier ; deux portant l’uniforme de l’Aviation, un de la Marine et un de l’Infanterie, avec écusson 15-2 [3] ».

Le défilé d’Oyonnax a été reproduit dans de nombreuses publications.
Des résistants au camp de Chougeat, hameau de Matafelon, près d’Izernore, durant l’hiver 1943-1944.

À Bourg-en-Bresse

« Dans le courant de la nuit, une distribution de tracts a eu lieu dans les rues de la ville. Ils émanent des Mouvements clandestins de la Résistance et ont trait à la commémoration du 11 novembre.
À 6h30, un engin explosif a éclaté à la devanture [d’un] établissement, cours de Verdun. Il n’y a pas eu d’accident de personne. Les dégâts matériels sont importants. Le Commissaire de Police de la Sécurité Publique de Bourg procède à une enquête.
Dans le courant de la nuit, un buste de Marianne a été placé sur le piédestal d’une statue se trouvant, place Edgar Quinet, à Bourg. Un drapeau tricolore avec une croix de Lorraine a été apposé à cet endroit. L’inscription, "Vive la 4ème" a été écrite au goudron sur le piédestal du monument. La Police de Sécurité Publique procède à une enquête.
Une gerbe a été déposée au monument aux morts par un inconnu. Elle portait l’inscription : "Les Vainqueurs de demain aux Vainqueurs de 1914-1918".
Le 11 novembre à 9 heures, un engin explosif a éclaté à la devanture d’une épicerie, place de l’Hôtel-de-Ville, à Bourg. Les dégâts matériels paraissent être importants. Trois personnes ont été légèrement blessées.
Le ou les auteurs de cet attentat sont inconnus, de même que le motif. M. le Commissaire de Police de la Sécurité Publique de Bourg procède à une enquête [4]
 ».
Le scellement d’un buste de Marianne sur le socle où s’élevait la statue d’Edgar Quinet est un acte politique fort. Comme l’indique l’inscription sur le drapeau tricolore, Vive la IVe, les Résistants affirment le sens de leur lutte, le rétablissement de la République.
En effet, ils avaient été choqués par un autre acte symbolique. Le 31 octobre 1943, pour la venue de Philippe Hanriot été venu à Bourg, les miliciens du département s’étaient rassemblés à la salle des fêtes. Et, à l’issue de la conférence, ils « ont jeté par une fenêtre un buste de "Marianne" après avoir tiré un coup de pistolet dans le buste ».
En réaction, pour restaurer l’honneur bafoué de "Marianne", André et Georges Lévrier, Paul Chanel, ont scellé, sous la protection de leurs camarades maquisards, un autre buste qu’ils avaient récupéré dans les greniers de la mairie. Les magasins "plastiqués" étaient tenus par des collaborateurs notoires [5].
Durant la même nuit, François Pignier, charpentier, a hissé quatre drapeaux au sommet du clocher de Notre-Dame, ceux de la France, de la Grande-Bretagne, des États-Unis et de l’URSS, ce dernier étant récusé par le curé mais François Pignier l’a néanmoins placé.
Les Allemands n’ont pas réagi à ces "coups d’éclat" qui ne les visaient pas directement [6].

La même vue retravaillée par le photographe Bonnaséa pour valoriser l’action du groupe d’André Lévrier, Lévêque dans la Résistance.
Georges et André Lévrier (à gauche) dans les bois de Drom, canton de Ceyzériat, en 1944.

À Nantua

« Dans la nuit du 10 au 11, des tracts imprimés, de format 18 x 25 cm environ, ont été collés sur divers immeubles, invitant la population à assister à la manifestation qui aura lieu le 11 novembre à 11 heures, au monument aux morts de cette ville. Les auteurs de cette distribution sont inconnus.
Dans la même nuit, a été déposée, au pied du monument aux morts, une gerbe de fleurs entourée d’un ruban tricolore sur lequel se trouve la phrase "Les Vainqueurs de demain, aux vainqueurs de 1914-1918". Au bas de cette gerbe, se trouve, attachée avec un fil de fer, une grenade à main portant 2 étiquettes, avec les inscriptions suivantes : "Danger de mort. Attention ! Toucher c’est mourir. Signé : Mouvement de Résistance. Section de Nantua". L’auteur de ce fait est inconnu. L’enquête se poursuit.
Une autre gerbe, avec un ruban tricolore, a été déposée sur le piédestal de l’ancienne statue de Baudin, avec une pancarte, portant en gros caractères noirs : "À Baudin, mort pour la Liberté". L’auteur est aussi inconnu [7]
 ».
À Nantua, les ouvriers observent aussi des grèves aux Meubles Rozier (75 ouvriers), à la fabrique d’appareils de fromagerie Chalon-Mégard (2 sur 12) et les 65 employés du Crédit Agricole ont quitté leur travail au bout d’une heure.
Un autre rapport indique : « À 11 heures, un cortège s’est formé devant le monument aux morts, comprenant une centaine de personnes, femmes et enfants, et cinquante hommes environ, ayant à leur tête l’ex-sénateur Chanal. Une gerbe de fleurs avec un ruban tricolore fut déposée, et une minute de silence fut observée. Le cortège s’est dirigé ensuite vers le monument de Baudin, avec une autre gerbe, et s’est dispersé, vers 11h20 dans les rues de Nantua ».

Ailleurs, dans l’Ain

Bellegarde : « Même dépôt de gerbe et mêmes inscriptions. Des tracts ont été distribués dans les couloirs des immeubles et dans les boîtes aux lettres. Ils sont ainsi conçus : "Patriotes, pour commémorer le 11 novembre, rendez-vous au monument aux morts à 18h15".
Les usines de cuir, Perrot, n’ont pas travaillé durant toute la journée. Les employés des "Établissements Sauter" se solidarisèrent avec les employés de la "Maison Perrot", l’après-midi
 ».
Un autre rapport ajoute : « Dans la soirée du 11, à 18h15, 300 jeunes hommes environ se sont réunis devant le monument et ont chanté la Marseillaise et "Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine". Ils ont été dispersés par la police ».

Belley : « 3 petits drapeaux, format 30 x 20, français, anglais et américain, reliés ensemble ont été déposés au monument aux morts. La police a procédé à l’enlèvement ».
Hauteville : « Au monument aux morts, une gerbe a été déposée par un fleuriste, envoyée par les anciens combattants qui s’y sont rendus un par un. Une deuxième gerbe a été déposée par 15 jeunes hommes qui s’y sont rendus en cortège audit monument, peu après 12 heures ».
Meximieux : « Des papillons représentant une croix de Lorraine avec l’inscription "Résister", ont été collés sur les murs de la commune. Les auteurs sont inconnus ».
Montréal : « À 10 h., les jeunes gens ont déposé au monument aux morts une gerbe de fleurs portant l’inscription "Les vainqueurs de demain aux vainqueurs de 1914-1918". Une autre gerbe, plus petite, avec un ruban tricolore a également été déposée et porte l’inscription : "Gloire aux Maquis" ».
Cormoranche : « Les jeunes filles ont déposé une gerbe au monument aux morts. Les anciens combattants s’y sont rendus un par un ».
Grièges : « Une gerbe a été déposée, dans la nuit, au monument aux morts ».
Seyssel : « Vers 19h20, un défilé de 150 personnes, composé d’hommes et de femmes, a eu lieu. Il s’est formé aux abords du monument aux morts. Après avoir observé une minute de silence, le cortège s’est dirigé sur Seyssel (Hte-Savoie) en chantant la Marseillaise. Il était composé en grande partie d’Espagnols du Groupement n° 69 à Seyssel (Hte-Savoie), arrivant par le train ouvrier de 19 heures ».
Virieu-le-Grand : « Dans la nuit du 10 au 11, une gerbe a été déposée au monument aux morts, avec les mêmes inscriptions et décorations que les précédentes. Une fiche s’y trouve épinglée et porte l’inscription suivante : " Que celui qui fera enlever cet emblème prenne toutes les précautions et sache qu’il le fera à ses risques et périls". À 100 mètres du monument, un petit drapeau anglais a été déposé au sommet d’un sapin. Une enquête est en cours ».
Comme la Résistance est bien présente sur l’ensemble du département, des initiatives ont sans doute été prises dans d’autres lieux, comme en Dombes et Revermont, mais elles n’ont pas été l’objet de rapports de gendarmerie ou de police.

Manifestation non répertoriée du 11 novembre 1943 à Roissiat, en Revermont. De gauche à droite : MM. Micheletti, Gillet, Rojat (maire) et (?) Caporali.
La presse locale est restée muette à propos des manifestations du 11 novembre.

Après le 11 novembre

La presse locale, respectueuse des consignes, n’évoque aucun événement lié au 11 novembre. Elle relate les funérailles du général Debeney qui « a succombé aux suites d’un attentat terroriste dont il a été victime. Le 29 août dernier, (..) il regagnait son domicile à Lagnieu, dans l’automobile du chef départemental de la Légion, contre qui l’attentat semble avoir été dirigé, quand, à cinquante mètres de Pont-d’Ain, une forte explosion se produisit à l’arrière de la voiture, arrachant la carrosserie arrière. Une bombe, placée par une main criminelle, déchiquetant le gazogène double qui alimentait la voiture, tandis que des éclats allaient percer, à plus de cent mètres, les persiennes d’une maison. Le chauffeur et le petit-fils du général étaient indemnes, mais l’illustre soldat était blessé à un pied et à la tête. Il avait reçu, en outre, une forte commotion [8] ».
L’ampleur des événements a surpris les autorités locales. Dès le 13 novembre, les Renseignements généraux jugent que « les diverses manifestations qui se sont déroulées à l’occasion du 11 novembre, dans de nombreux villes ou villages du département donnent un aperçu vivant des bouillantes convulsions révolutionnaires qui secouent actuellement le pays ». Quelques jours plus tard, ils ajoutent que « la population a été pénétrée par la dignité de cette manifestation ; les éléments qui réprouvent les organisations clandestines déclarent, dans le privé, que la cérémonie a été caractérisée par un ordre tout militaire et exclusif d’une tendance politique marquée, que la population oyonnaxienne a été étrangère à la préparation de cette manifestation. Les éléments politiques et notamment le Parti communiste ont été soigneusement évincés. Les réactions de la foule, pendant la manifestation et depuis celle-ci, indiquent nettement une sympathie provoquée par le côté spectaculaire du "maquis", en même temps qu’une indifférence à l’égard du mouvement gaulliste [9] ».
À propos de cette dernière phrase, l’avis diffère légèrement à Oyonnax : « Très probablement, l’activité gaulliste est représentée à Oyonnax par des éléments rattachés aux Mouvements Unis de la Résistance (M.U.R.). Certains de ceux-ci sont probablement en liaison avec le "maquis" car il a été nécessaire, à celui-ci, d’avoir des complicités pour organiser la manifestation du 11 novembre. Ceux-ci devaient être peu nombreux si l’on en juge [par] le secret dans lequel la préparation de cette opération a été gardée [10] ».
Tous ces rapports prouvent, qu’à l’époque, les hommes de terrain de l’administration gouvernementale appréhendaient au mieux la situation du pays. Étaient-ils entendus à Vichy ? Toujours est-il que, par son impressionnant défilé d’Oyonnax, Romans-Petit, le chef des Maquis de l’Ain, a pleinement atteint son objectif de donner une image positive de la Résistance et des maquisards.

Rémi Riche

Pour en savoir plus sur les "réfractaires" et les "insoumis" au S.T.O., dans l’Ain, nous vous invitons à lire notre précédente chronique :
Deuxième Guerre mondiale : le S.T.O. ou aller travailler en Allemagne

Sources :
Archives départementales de l’Ain.
Archives municipales de Bourg-en-Bresse.
"Des jours sombres à l’espoir. L’Ain 1939-1945", ouvrage (épuisé) édité par les Chroniques de Bresse en 2020.
Avec la collaboration de Maurice Brocard (†), Georges Lévrier (†), Bernard Micheletti, Gyliane Millet, André Perret (†), Élisabeth Roux et Jean-Christophe Vigier.

[1Courrier de l’Ain du 3 novembre 1940.

[2Rapport des Renseignements généraux (R.G.), Bourg le 13 novembre 1943. A.D. Ain. 180W105.

[3Texte intégral du rapport des R.G. Dossier 180W105 des A.D. Ain.

[4Texte intégral du rapport des R.G. Dossier 180W105 des A.D. Ain.

[5L’identité des magasins est indiquée dans les archives. En complément, le témoignage oral de Georges Lévrier.

[6Témoignages de Noël Fillardet et Robert Volland recueillis par les Archives municipales de Bourg-en-Bresse en décembre 2007.

[7Texte intégral du rapport des R.G. Dossier 180W105 des A.D. Ain.

[8Courrier de l’Ain du 10 novembre 1943.

[9Rapports des R.G. des 13 et 17 novembre 1943. A.D. Ain. 180W105.

[10Rapport du commissaire de police d’Oyonnax du 23 novembre 1943. A.D. Ain. 180W105.

Partager cette page

  • Partager par mail
  • Partager sur Facebook
  • Partager sur Twitter