Les prisonniers de guerre de l’Ain, en 1939-1945, une étude complète (1ère partie)

Au moment où l’armée allemande lance son offensive à l’ouest en mai 1940, les erreurs stratégiques du haut-commandement français entraînent la capture de 1,8 million de soldats français qui vont, pour la plupart, connaître l’éloignement et vivre cinq années dans des camps allemands. Cette double chronique s’intéresse au sort des prisonniers de l’Ain.

Comme le développement de ce sujet exigeant est fort long, il est divisé en deux chroniques et quatre chapitres :
Première partie :

CHAPITRE 1 : DES SOLDATS PRIS DANS LA NASSE

Une étrange défaite

Les Allemands agressent la Pologne le 1er septembre 1939. Anglais et Français mobilisent leurs armées et déclarent la guerre à l’Allemagne le 3 septembre. Plus pour respecter symboliquement les accords avec la Pologne que par conviction, l’Angleterre envoie un corps expéditionnaire en France et la France lance une offensive en Sarre du 7 au 14 septembre 1939. Après quelques escarmouches, les Franco-Britanniques laissent s’écouler une période qui deviendra la Drôle de guerre, néanmoins meurtrière (10 410 morts, hors marine). En mars 1940, ils élaborent la manœuvre Dyle-Breda pour contrer une attaque allemande, supposée être conduite sur le flanc droit (comme en 1914) car la forêt des Ardennes est considérée comme "impénétrable à des blindés". Toutefois, cinq jours sont nécessaires pour transporter et installer les armées sur leur nouvelle ligne de défense.

Toutes ces dispositions ou suppositions se révèlent bien dérisoires lorsque, le 10 mai 1940, Hitler lance son offensive sur le front ouest car les Allemands ont modifié leur plan, également en mars 1940, en portant leur attaque au centre de la ligne de front. Aussi, en quelques semaines, la France envahie est-elle contrainte à demander l’armistice. Bien sûr, l’armée allemande était mieux préparée au combat mais le déséquilibre des forces n’était pas important et l’armée française était volontiers considérée comme « la plus forte du monde ».
En quelques jours, par un "coup de faux", les Allemands prennent à revers plus de quatre cent mille combattants. Surpris eux-mêmes par une percée aussi facile, ils marquent un temps d’arrêt que met à profit la marine anglaise pour déplacer ces soldats en Angleterre, par la mobilisation de tous les bateaux. Seuls 40 000 hommes sont faits prisonniers mais le matériel de guerre a été abandonné. Les Allemands ont repris leurs attaques victorieuses et la Bataille de France est une débâcle jetant militaires et civils sur les routes.

Surprenante par son ampleur et sa rapidité, la défaite française entraîne la capture de plus de 1,8 million de soldats français. Dès la demande d’armistice par Pétain le 17 juin, la rumeur a circulé que la guerre se terminait. Pour tous les combattants, c’est un soulagement : ils sont vivants et le futur armistice sera le prélude à un traité de paix et à une future démobilisation. Il n’en sera rien. Selon les travaux de l’historien Yves Durand [1], cette méprise fait qu’environ 44 % des prisonniers ont été capturés après combat et un peu plus de 50 % sans combat. Les derniers jours de combat, souvent dramatiques pour les soldats et les civils qui les côtoient, et les conditions dans lesquelles ils sont pris, marquent, fortement et durablement, le psychisme des prisonniers.

La plaque sécable d’un soldat français, dispositif utile en cas de décès.
Des soldats ont noté les évènements vécus sur leurs carnets de poche ; ici, Roland Gilloz, le 14 juin 1940.
Ce parcours chaotique montre que l’armée française n’a pas su résoudre le problème posé par la Drôle de guerre.

Parcours de Lyon vers Dijon

L’Allemagne avait prévu des camps pour rassembler des prisonniers mais jamais elle n’avait envisagé une telle masse. À l’arrêt des combats, les Allemands ont franchi la Loire, atteint la côte atlantique et dépassé Lyon. Leurs captures sont effectuées sur un vaste territoire. Dès leur arrestation, les soldats français sont désarmés et démunis de leurs papiers. Avant d’être progressivement dirigés vers l’Allemagne, ils sont regroupés dans des camps, au nord de la ligne de démarcation, des Frontstalags.
Disposant de beaucoup plus de papier que le Courrier de l’Ain, son concurrent, le Journal de l’Ain paraît cinq jours sur sept. À partir du 1er juillet 1940, il évoque longuement la situation vécue à Lyon et dans les alentours. « Dès le deuxième jour de l’occupation, de nombreux soldats étaient rassemblés comme prisonniers. À Lyon, la kommandantur a fait concentrer au fort Lamothe et en un autre dépôt tous ceux que recueillaient les patrouilles ou les groupes d’occupation. Et ainsi s’est accumulée une masse de prisonniers que l’on peut estimer à sept ou huit mille hommes ».
Peu après, quatre à cinq mille hommes sont mis en route en direction de Dijon, par la rive gauche de la Saône, pour sept ou huit étapes. « Les prisonniers, mis d’abord en colonne par huit, étaient précédés d’un piquet de garde puis encadrés, sur le flanc, par des soldats allemands à bicyclette, formant escorte volante, sillonnant les deux côtés du détachement. Tout arrêt isolé était interdit ; il avait été annoncé que toute tentative de fuite serait punie de mort. (…)
La colonne fut arrêtée, au soir, [à Genay], dans un parc entouré par un cordon de sentinelles qui fut toute la nuit resserrée par des relèves. Aucun abri prévu par les prisonniers qui se groupaient sous les arbres ou dans les prés où, stoïquement, ils reçurent une pluie qui dura toute la nuit
 ».
La marche reprend le lendemain et la fatigue se fait sentir. « Prévenus, les villages traversés par cette masse avaient préparé à la hâte quelques victuailles : pain, fromages, œufs ou vivres quelconques, des seaux de vin, des brocs de café dans lesquels, en passant, les prisonniers puisent avec leur quart, permettant un hâtif soulagement. Une immense pitié étreint tous les cœurs de ceux qui voient ce troupeau défiler à pas obligatoirement pressés par les ʺVorwetzʺ [vorwärts : en avant !] ou les coups de crosse des gardiens ».
« Entre Montmerle et Guéreins, la colonne se desserre par le nombre des éclopés. Le cadre de conduite a quelque pitié pour les Français, il est inexorable pour les Marocains ou les Noirs. À l’entrée de Guéreins, un Sénégalais refuse d’aller plus loin. Deux coups de révolver dans la nuque et son corps est jeté dans le fossé, au bord de la route. Hâtivement, quelques pelletées de terre le recouvrent… Une sépulture plus humaine lui est assurée le lendemain ».

Le Tata sénégalais de Chasselay (Rhône), aujourd’hui nécropole nationale pour 196 victimes, témoigne de la barbarie nazie face aux troupes coloniales.

Étape à Manziat

Après Mogneneins, l’étape suivante d’environ 29 kilomètres est Manziat, pour la nuit du 26 au 27 juin 1940. Prévenu, le maire de la localité met en place un comité d’accueil sous la direction d’Aimé François Millet, directeur de l’école publique. En outre, il fait appel au docteur Raymond Denis de Mâcon qui arrive avec des infirmières. Pour nourrir ces soldats infortunés, deux bovins sont abattus, du pain est cuit (plusieurs quintaux) et des provisions sont rassemblées, avec l’aide des communes voisines.

Vue aérienne du village de Manziat.

« Une visite médicale met à part plus d’une centaine d’écloppés ou malades ne pouvant aller plus loin. Des voitures réquisitionnées ou prêtées par la pitié de la population prennent en charge, pour l’étape, le lamentable cortège.
Sur la route, même accueil dans les villages traversés ; partout on a apporté tout ce qui était disponible pour le jeter au passage de la colonne.
À Manziat, toujours cantonnement en plein air ; les villages environnants ont cherché à aider, par leurs apports, les organisations improvisées avec l’admirable générosité de tous. (…) Ajoutons que depuis Manziat jusqu’en face de Tournus, un plus grand nombre de voitures ou de cars a pu être prêté, soulageant les souffrances de ceux qui, nous l’espérons, nous seront bientôt rendus
 ».
Des ambulances allemandes évacuent près de 90 malades sur l’hôpital de Mâcon où, involontairement, ils vont échapper à la captivité. L’étape suivante est dans les villages de Simandre et Ormes, en Saône-et-Loire, distants d’environ 32 kilomètres [2]. Sur ce parcours, un tirailleur marocain est froidement abattu par les soldats allemands à Arbigny (13 km après Manziat) le 27 juin 1940 [3].
Le Journal de l’Ain du 3 juillet 1940 reprend le récit de l’avant-veille et l’arrivée à Dijon.
« Le camp a été établi à Longvic-les-Dijon, à 4 kilomètres de cette ville, dans ce qui reste du camp d’aviation, dont les bâtiments ont été anéantis par les bombardements aériens. Des personnes charitables de notre ville ont pu se rendre, hier, à ce camp et, avec l’autorisation des autorités d’occupation, passer la journée au milieu de ces malheureux. Ils sont là-bas 23 000 environ ! Quel réconfort ils ont eu lorsqu’ils ont vu apparaître la cape et le voile bleu de la Croix-Rouge ! Il y a plusieurs centaines de Bressans ».
« La détresse de ces malheureux est immense et fait peine à voir, nous a déclaré l’infirmière qui, hier, leur a rendu visite. Ils sont là parqués 23 000 dans un camp où il ne pourrait loger que 1 000 hommes. Un nouveau convoi est arrivé hier soir ».

L’initiative d’une infirmière

Dès qu’est connue l’information que des prisonniers sont regroupés à Longvic-les-Dijon, la Burgienne Marie Ducruet, (46 ans), pensant que son officier de mari est parmi eux, cherche à aller le voir. Infirmière au Dispensaire Pierre Goujon qui, dès la fin des hostilités s’occupe des prisonniers, elle se procure « un brassard de la Croix-Rouge et un fanion, espérant, grâce à ces insignes, pouvoir atteindre Longvic ». Même si elle apprend que son mari n’est pas parmi les prisonniers, elle persiste dans sa résolution et « peut atteindre le camp et avoir l’autorisation de l’autorité allemande de prendre contact avec des prisonniers, de faire connaître à leurs familles leur présence à Longvic et de leur remettre ultérieurement des colis de vivres.
Cette réussite lui a donné l’idée d’une œuvre intéressante, qu’elle a généreusement entreprise immédiatement. Elle a même, et sans en référer, rédigé une circulaire qu’elle a envoyée à toutes les familles des prisonniers qui en ont fait la demande. Cette circulaire était sous le nom de la Croix-Rouge, signée de madame Ducruet, infirmière S.S.B.M. et elle donnait pour adresse le Dispensaire Pierre Goujon A.D.F. de Bourg [4] (…)
Madame Ducruet était nettement dépassée par les circonstances. Il y avait 30 000 prisonniers à Longvic ; 10 à 15 000 se sont adressés à elle. Les paquets envoyés par les familles et l’argent ont afflué. Un service de correspondance et de confection des paquets a dû être installé dans un local disponible du Dispensaire Pierre Goujon, tenu par l’A.D.F., sans d’ailleurs que le bureau S.S.B.M. ait été consulté ni même avisé
 [5] ».

La vie dans le camp de Longvic

Après son premier voyage, Marie Ducruet contacte la mairie de Bourg où une liste de souscription est ouverte. La population est informée que l’infirmière effectuera un autre déplacement où elle pourra emporter des colis mais, sans la moindre correspondance à l’intention des prisonniers, que les autorités allemandes interdisent fermement. Dans son édition du 9 juillet 1940, le Journal de l’Ain évoque ce deuxième voyage.
« Samedi, à 4 heures du matin, le camion de la Croix-Rouge, chargé de 2 500 kg de colis, quittait Bourg pour porter un peu de soleil au camp de prisonniers où tant de nos compatriotes sont internés. À l’arrivée, nous apprenons avec inquiétude que de nouveaux ordres sont parvenus, rendant plus difficile l’accès au camp.
Dieu merci, après quelques heures d’attente et de discussion avec les autorités, le camion bressan franchit d’un bond le portail et les fils de fer barbelés, mais il faut encore attendre l’autorisation de décharger et la vérification des colis.
Comme une traînée de poudre, l’annonce de notre arrivée se propage et le rassemblement, autour de la voiture messagère de bonheur, grossit de minute en minute. Enfin, la permission de décharger est donnée et, chose extraordinaire, sans contrôle. C’est dans la chapelle, dortoir de 54 prêtres prisonniers, que nous classons les colis. L’appel des heureux destinataires, fait par une fenêtre, coupe la psalmodie des complies. Grâce aux dons, nombreux pour anonymes, un partage judicieux aura lieu pour les déshérités, sans distinction territoriale.
Les dernières heures de la journée sont consacrées à la visite du camp ; ce n’est pas chose aisée, ils sont là plus de 30 000. Poussés par un vent chaud et aveuglés par des tourbillons de poussière provoqués par un orage imminent, nous nous égarons dans un dédale de constructions hétéroclites. (…)
Les Bressans [sont] tout fiers de nous montrer les améliorations apportées à leur cantonnement. Effectivement, notre joie est grande de constater que les toitures, faites de serviettes de toilette, se trouvent avantageusement remplacées par de confortables tôles ondulées. Les rues ont été tracées, presque au cordeau, leur largeur n’est pas excessive, à peine y passe-t-on deux de front.
Les ʺhabitations à bon marchéʺ sont de rigueur ; les maisons n’atteignant pas deux mètres de haut, point de sens unique ni de passages cloutés… Voici la villa de la ʺPie qui chanteʺ, celle du ʺChat borgneʺ et nous débouchons, après un carrefour, dans la ʺRue du Standʺ. Nous sommes arrêtés par un rassemblement, les amis et les amis des amis, tous sont là, massés devant la cagna qui porte l’inscription ʺSaint Louisʺ. C’est le P.C. [poste de commandement] de tout le camp. On sait que là, on a des chances d’avoir des nouvelles, que là on trouve du dévouement, des débrouillards, de chics amis, qui ont le sourire pour accueillir et le mot pour dérider. Nos Bressans peuvent être fiers, Bourg a là-bas un état-major qui rayonne à travers toute l’étendue du territoire gardé. (…)
Une heure est vite écoulée, il nous reste beaucoup à faire. Nous quittons pour un moment ce P.C. hospitalier et fraternel pour terminer nos visites. Sur tout le parcours, nous sommes assaillis par les quémandeurs de nouvelles et ceux qui, moins heureux que leurs camarades de l’Ain, ne reçoivent ni nouvelles, ni vivres et qui nous demandent le moyen d’en obtenir. Nous répondons, aux uns et aux autres, à tous, répétant des centaines et des centaines de fois les mêmes explications, les mêmes paroles de patience et de confiance. Aussi, c’est bien lentement que nous avançons.
À l’extrémité nord du camp est le quartier des officiers. Mardi dernier, ils étaient 35, aujourd’hui, ils sont 540. (…) Ce sont nos chasseurs alpins qui ont vaillamment défendu le passage de Fort-l’Écluse. (…) Il est 9 heures du soir ; vite, une dernière visite au P.C. bressan et nous nous dirigeons vers le camion pour penser au retour.
Nous ne saurions traduire tout ce que contiennent ces regards, ces gestes d’adieu et les multiples poignées de main. Quand nous reverrez-vous ? Et nous démarrons, très émus, avec le regret de ne pouvoir donner à tous ces camarades une assurance très prochaine de libération
 ».

D’autres voyages à Longvic

Avec l’aide de la mairie de Bourg et des bénévoles du Dispensaire Pierre Goujon, un troisième voyage à Longvic est organisé le 12 juillet. Comme tout n’a pu être emporté, un déplacement est prévu chaque vendredi. Les colis, qui ne doivent pas dépasser les 2 kg, doivent être déposés le jeudi avant midi. D’autres sont confectionnés pour être remis à des nécessiteux. Une vaste œuvre de solidarité se met en place avec aussi une collecte de mandats mais toute correspondance destinée aux prisonniers reste interdite. De l’essence est aussi nécessaire pour les véhicules.
La Croix-Rouge de Bourg a emporté sept tonnes de colis le 26 juillet et cinq tonnes le 2 août. Ensuite, la collecte cesse car 20 000 prisonniers ont quitté le camp par voie ferrée et d’autres départs sont prévus. Une septième visite a lieu le 7 août, essentiellement pour du ravitaillement général. Quelques jours plus tard, il ne reste que 2 000 prisonniers de la métropole et 4 000 coloniaux [6].
Cette collecte s’est effectuée dans une période particulière entre les premières restrictions et une nécessaire solidarité envers les réfugiés belges, de l’est et du nord qui retournent chez eux, après avoir fui l’avancée allemande lors de la Débâcle.
Déjà, un Comité municipal des prisonniers de guerre a été mis en place à Bourg, sous la présidence du député-maire Alphonse Dupont. Il regroupe des élus, des personnalités et divers organismes. Opérationnel au 5 août 1940 dans la Salle Vietti, à l’arrière de la Grenette, il cherche d’abord à recenser tous les prisonniers, par un appel aux familles.
Au moment où se termine son action, Marie Ducruet est ʺjugéeʺ par le comité de la Croix-Rouge car son empressement et son indépendance ont bousculé les conventions. Dans son rapport adressé aux délégués régionaux, le 7 août 1940, le président local de la S.S.B.M., le général Henri Nodet, conclut ainsi : « il convient, en rendant hommage à son dévouement, de lui rendre cette indépendance, en attirant toutefois son attention sur la nécessité d’apporter, dans les œuvres charitables, à côté d’un enthousiasme intrépide, une modération qui tempère [7] ».

Des listes de prisonniers

Lors de ses voyages à Longvic-les-Dijon, la Croix-Rouge a demandé que les prisonniers de l’Ain soient recensés. Du 17 au 22 juillet, le Journal de l’Ain publie une liste alphabétique de 686 noms avec, le plus souvent, la commune de résidence [8].
En outre, au début de juillet, la mairie de Bourg reçoit de son homologue de Bourgoin (Isère), une liste comprenant 108 noms de prisonniers bressans. D’autres listes sont communiquées par l’intermédiaire d’antennes de la Croix-Rouge : 10 noms du 4e régiment de génie (dans l’ouest), 41 noms d’Alençon (Orne), 97 noms de Colmar et Neufbrisach (Haut-Rhin), d’autres avis de Caen (Calvados) ou Baccarat (Meurthe-et-Moselle). Ces listes sont informelles et les informations temporaires car les prisonniers, à leur grande surprise, sont transférés en Allemagne. Ils espéraient un autre sort après la signature de l’armistice.
Certains soldats ont eu un étonnant parcours : « les jeunes gens du dernier contingent de 1939 et du premier de la classe 1940, qui avaient quitté Bourg à destination de Livron et faits prisonniers en Charente, étaient internés au camp de Surgères, près de Rochefort, viennent d’être relâchés par les autorités d’occupation. Ils sont actuellement, avec leurs instructeurs, sous le contrôle de l’autorité militaire, cantonnés à Saint-Abrand-sur-Abise[?], dans l’Ariège. Sous le commandement du capitaine Lestiévant, curé de Marboz, ils attendent le sort qui sera réservé à leurs classes. ».
Une huitième visite est effectuée le 20 août au camp de Longvic où il ne reste que plusieurs milliers de coloniaux et environ 500 prisonniers de la métropole, dont certains sont disséminés dans le département de la Côte-d’Or, en équipes de travail [9] ».
Après une période chaotique, les familles cherchent à obtenir des nouvelles de leurs soldats, ballotés au cours des péripéties de l’invasion allemande. Les dernières missives ont été écrites à la hâte, à la mi-juin, juste avant les débuts de ce qui sera la captivité.

L’été 1940 paraît bien long, sans la moindre nouvelle des soldats. Prisonniers ? Blessés ? Tués ?
À l’été 1940, de rares familles sont heureuses de recevoir des informations fortuites.

CHAPITRE 2 : LE TEMPS DE LA CAPTIVITÉ

6 162 prisonniers pour l’Ain

Les Allemands ont transféré une grande majorité des prisonniers sur leur vaste territoire, sauf les coloniaux. Plus tard, le nombre total de prisonniers sera estimé à 1,8 million, dont 1 580 000 transférés en Allemagne. Ce décompte est postérieur aux évènements et, dans l’immédiat, la France aimerait les dénombrer et elle sollicite deux organismes : la Légion française des combattants (L.F.C.), qui regroupe les anciens combattants, et la Croix-Rouge française, elle-même unifiée par Vichy.
Dans l’Ain, la L.F.C. estime que « le nombre des prisonniers dans le département [est] d’environ 6 000 dont 3 000 cultivateurs ou ouvriers agricoles ; 1 000 fonctionnaires ou prisonniers exerçant des professions libérales ; 2 000 ouvriers de l’industrie ». La Croix-Rouge Française a aussi procédé à un recensement et elle a décompté 6 500 prisonniers [10].
À Paris est créé un Centre national d’information sur les prisonniers de guerre qui reçoit des listes de prisonniers, produites par l’Allemagne. Il les retranscrit aux départements et la préfecture de l’Ain reçoit sept listes, à partir du 19 octobre 1941. L’ensemble totalise 6 162 noms, selon notre décompte.
Les deux premières listes, et leurs 3 132 noms (50,8 % du total), indiquent les professions, dans trois quarts des cas (75,2 %). Ces prisonniers de l’Ain sont alors cultivateurs à 52,8%, ouvriers, employés ou artisans à 39,9 % et d’autres professions à 7,3 % (militaires de carrières, enseignants, ingénieurs, chefs d’entreprises ou prêtres). Les renseignements sont trop généraux pour définir une classification plus précise, notamment celle des multiples artisans que compte chaque village du département. À partir de la troisième liste, seuls sont indiqués les camps où ont été dirigés les prisonniers.

La première des sept listes "officielles" de prisonniers a été reçue en préfecture de l’Ain le 29 octobre 1940 (le tampon en haut et à droite est postérieur). Les prisonniers sont classés par communes, selon l’ordre alphabétique de celles-ci.

Être prisonnier, une situation déprimante

Les prisonniers de guerre ont effectué leur trajet vers l’Allemagne, à pied, en camion ou par des trains de wagons à bestiaux, parfois en plusieurs étapes, toujours avec la faim au ventre, en subissant souvent, en pays ennemi, les insultes des enfants et de la population.
Ils sont répartis dans une centaine de camps, sur l’ensemble du Reich, les officiers dans des Oflags, les sous-officiers et les hommes de troupes dans les Stalags. Beaucoup de ces camps sont encore sommairement aménagés, mais déjà entourés de fil de fer barbelé. Ils sont numérotés en fonction de la circonscription militaire auxquels ils sont rattachés (de I à XXI). À l’arrivée, les hommes sont accueillis à coups de cravache et répartis dans des baraquements équipés de bat-flancs à deux étages, à peine terminés ou d’autres, en réutilisation et déjà infestés de poux ou de punaises.

La plaque, également sécable, du prisonnier français en Allemagne : un sésame pour tout fugitif repris. Sinon, l’homme est considéré comme un espion et risque d’être aussitôt fusillé.
À leur arrivée au camp, les captifs sont photographiés avec leur numéro de prisonnier, inscrit sur une ardoise. Des compagnons d’infortune de Jean Darmedru d’Hautecourt, matricule 43 522, au Stalag III A ?

Le tableau est sombre mais ces hommes vivent un réel traumatisme, presque une humiliation. En quelques jours, sans beaucoup combattre, ils sont passés de soldats fiers de leur patrie à captifs dans un pays victorieux, arrogant et raciste. En outre, ils se sentent totalement démunis car leurs ʺpapiersʺ et leurs affaires personnelles leurs ont été retirés. En effet, comment ʺleurʺ France a-t-elle pu défaillir pour les mettre dans une situation aussi déprimante ? Ils prennent rapidement conscience qu’ils ne sont désormais, selon leur expression, que des gefangen (prisonniers) avec deux lettres dans le dos K.G. (Kriegsgefangener : prisonnier de guerre).
Qu’ils ne soient pas les seuls prisonniers n’est pas un réconfort. Ils côtoient des Anglais toujours dignes, des Canadiens avec qui ils tentent de dialoguer, des Russes ou des Slaves, plus maltraités qu’eux car ils sont considérés comme au bas de l’échelle humaine.
Lorsque l’installation est terminée, chaque camp est dirigé par un officier allemand et les prisonniers élisent un Homme de confiance, seul autorisé à dialoguer avec la direction. Pour les Oflags, l’officier le plus âgé est souvent désigné. Cette organisation est censée respecter la Convention de Genève de 1929.
Un jour, les hommes sont regroupés par corps de métiers et répartis dans les environs pour travailler au sein de Kommandos. « Pour répondre aux besoins de l’économie [allemande], 50 % des Français sont employés dans l’agriculture, 8 % dans les secteurs forestiers et halieutique, 17 % dans les mines, la métallurgie, la mécanique, la chimie, 4 % dans le bâtiment et les travaux publics et 3 % dans les transports et les communications. Le reste [18 %] est employé dans l’artisanat, le commerce et les services urbains. Les conditions de vie dans les ʺKommandosʺ dépendent de la pénibilité du travail, du nombre de prisonniers, du "patron" et de sa perméabilité à la propagande nazie [11].
Chaque matin et chaque soir, ces travailleurs effectuent le trajet, de quelques kilomètres, entre le camp et la ferme, l’usine ou l’atelier. Ainsi commence une vie monotone, source de sérieux ʺcoups de cafardʺ. Heureusement, le système réglementé de courriers et de colis se met en place et rend plus supportables les dures épreuves de la captivité, de l’éloignement, du climat et des privations.
Les autorités allemandes imposent des règles pour les courriers : les correspondances adressées aux prisonniers doivent être obligatoirement écrites sur des formules-réponses envoyées par les prisonniers ; les colis familiaux doivent être affranchis avec les étiquettes-adresses reçues du prisonnier.

Pour les prisonniers, commence une vie "d’embarbelés". Dès l’automne 1940, ils prennent conscience qu’elle sera longue.
Chaque mois, la famille du prisonnier a le droit d’envoyer deux lettres de 25 lignes et 2 cartes de 7 lignes, sur des formulaires imposés.
André Petit de Treffort, dans une ferme dépendant du Stalag XII A, près de Coblence. Rappelé au sein du 5e Régiment des tirailleurs marocains le 2 septembre 1939, il a été fait prisonnier le 17 mai 1940, près de Valenciennes (Nord).

La France attentive envers ses prisonniers

Le maréchal Pétain prête beaucoup d’attention aux prisonniers, ses anciens frères d’armes, qu’il considère un peu comme ses fils de Verdun. Et, « en novembre 1940, est fondé le ʺService diplomatique des prisonniers de guerreʺ (S.D.P.G.), chargé d’assurer les discussions avec les autorités allemandes pour obtenir la libération des prisonniers et de s’assurer que leurs droits sont respectés. Il est installé à Paris et dirigé, avec rang d’ambassadeur, par Georges Scapini, avocat et co-fondateur du Comité France-Allemagne en 1935 [12] ».
Dans l’Ain, un rapport du préfet, du 17 décembre 1941, donne quelques informations. Trois assistantes sociales de la L.F.C. visitent les familles des prisonniers. La Croix-Rouge française effectue des envois de colis, « une assistante sociale est chargée, par le département militaire, de visiter les familles des officiers et sous-officiers de carrière ; il existe un groupement des femmes de prisonniers qui s’occupe, en particulier, de trouver du travail aux femmes de prisonniers ». En outre, un Commissariat à la lutte contre le chômage accueille les militaires démobilisés et un Foyer départemental des rapatriés envisage d’installer un centre d’accueil, « château de Noire-Fontaine, à 5 km de Bourg [13] ».
Malgré les tentatives, l’Allemagne reste sourde aux demandes françaises car elle prétexte la guerre contre l’Angleterre pour ne pas signer un traité de paix avec la France. Là, celle-ci prend conscience que la captivité, s’installant dans la durée, impose des mesures de soutien.

Toujours au service de la propagande, cette photographie de 1941 où des jeunes de Poncin piochent les vignes des prisonniers, comme si leur retour était imminent.

Aide intellectuelle aux prisonniers

L’une des premières est la création, le 29 mars 1941 et sous l’égide de la Croix-Rouge française, d’un « « ʺComité central d’aide intellectuelle aux prisonniers de guerreʺ, dont le but est d’envoyer des ouvrages de toute nature à nos prisonniers pour leur permettre de mieux supporter les souffrances morales de l’exil et de séparation ». La circulaire impose la création de comités départementaux et celui de l’Ain est institué par un décret préfectoral du 18 avril 1941. Le préfet souhaite la création d’antennes à Belley et Nantua.
Aussitôt, une Journée du livre est lancée le 15 mai 1941 pour recueillir des livres « soit dans les écoles, soit au siège de la Légion française de combattants ou à celui de la Croix-Rouge ». À Bourg-en-Bresse, des jeunes sont sollicités pour cette collecte et ils « passeront dans toutes les rues ». L’ensemble des livres collectés en Zone libre est regroupé à Lyon, avant une expédition par les services des chemins de fer. L’objectif est de créer une bibliothèque dans chaque camp.
En complément, « les familles sont autorisées à envoyer, à leur propre prisonnier de guerre, par la voie des colis individuels : des livres scientifiques ; des livres dont le contenu n’a aucune tendance hostile au régime allemand ; des romans dont le contenu ne soit ni douteux, ni obscène [14] ».

Des collectes de livres sont lancées dans plusieurs villes du département.

Quelques mois plus tard, la circulaire du 11 septembre 1941 du secrétaire d’État à la Jeunesse et à l’Éducation nationale, Jérôme Carcopino, encourage la création de centres d’études, dans les camps disposant de ressources, dont les examens obtenus seront validés sous certaines conditions. L’application de ces dispositions varie notablement d’un camp à un autre mais, partout, des hommes proposent des conférences. Il se crée des orchestres, des groupes de théâtre et d’autres pratiquent des sports.

Lucien Turrel (X) et ses camarades, au Stalag VI C. Il était dans le corps expéditionnaire en Norvège. Fait prisonnier le 14 juin, il est arrivé en Allemagne le 6 juillet 1940.

Journaux de camps et Cercles Pétain

Comme les prisonniers sont sevrés d’informations, des ʺjournaux de campʺ apparaissent au printemps de 1941. À défaut de nouvelles de l’extérieur, ils font connaître le fonctionnement des camps, créent des liens informels entre les prisonniers et contribuent à une meilleure acceptation de la captivité.
Les Archives départementales de l’Ain conservent l’édition du ʺMatricule X – Le cafard enchaînéʺ - un titre évocateur - qui paraît chaque mois du printemps 1941 au début de l’année 1945, soit 50 numéros, avec de nombreux dessins. Il est sans doute plus l’expression d’un comité de rédaction que le reflet de la vie d’un camp mais sa continuité est remarquable et sans doute était-il attendu. Ces ʺjournaux de campʺ sont encouragés à une période où l’édition ʺpapierʺ est peu coûteuse. Les Allemands n’entravent pas, ni n’interviennent dans ces publications pour peu qu’elles soient respectueuses de la situation.

Matricule X, le journal du Stalag III D, avec parfois le sous-titre le cafard enchaîné. Si le dessin du titre est différent d’un numéro à un autre, les premiers éditoriaux sont intitulés Ruta... bagatelles, sans doute en référence à la nourriture..

Ces journaux permettent de faire connaître les Cercles Pétain aux prisonniers. En effet, ceux-ci représentent, pour Pétain, le second pilier de sa Révolution nationale, le premier étant les anciens combattants de la Légion française des combattants. Durant cette ʺpériode de rédemptionʺ qu’est leur captivé, les prisonniers sont invités à se préparer à servir la Révolution nationale, au moment de leur libération. En attendant celle-ci, ils s’intéressent davantage aux mesures prises en faveur de leur famille qu’à l’idéologie pétainiste.

En instituant des Cercles dans les camps, le maréchal Pétain souhaite rallier les prisonniers à sa Révolution nationale. Au Stalag III D, le Cercle Pétain a été créé le 22 février 1942.

Quelques libérations et de rares évasions

Vichy multiplie les initiatives pour tenter d’obtenir le retour de prisonniers. Dans un premier temps, les Allemands ne consentent à libérer que les grands blessés puis, après des négociations, les "soutiens de famille pères ou fils aînés de quatre enfants mineurs", les anciens combattants de la guerre 1914-1918. Beaucoup espéraient mieux mais, le 28 juin 1941, la préfecture avertit que « la direction du Service des prisonniers de guerre insiste auprès des familles, des organisations et des municipalités pour que les demandes irrecevables qu’il est impossible de faire aboutir, ne lui soient plus transmises [15] ».
Pour les familles, les règles, régissant leurs rapports envers les prisonniers, apparaissent confuses et évoluent en fonction des exigences allemandes. Les journaux publient donc des suppléments pour regrouper les diverses dispositions à observer.

En France, les directives concernant les prisonniers évoluent sans cesse, au gré des décisions prises par l’Allemagne. Des quotidiens publient des suppléments pour en faire le point.

L’immense majorité des prisonniers reste captive mais Vichy publie une instruction pour « définir le rôle et les responsabilités des divers organismes chargés de l’accueil et du placement des prisonniers de guerre rapatriés en zone non occupée. Le rapatriement des prisonniers comporte deux phases : une "phase militaire" et une "phase sociale" [16] ». Peu après est créée une "indemnité dite de congé de libération en faveur des prisonniers de guerre rapatriés", égale à la moitié du salaire moyen mensuel départemental. Il est à noter que les prisonniers rapatriés ne sont pas "libérés" mais bénéficient d’un "congé de captivité".

En 1941, la libération de quelques prisonniers (grands blessés, soldats de 1914-1918) est mise en avant par la Légion française des combattants, organisation vichyste regroupant les anciens combattants de 1914-1918.

D’autres prisonniers tentent l’évasion mais celle-ci présente de nombreuses difficultés : la distance, la langue, se procurer des vêtements civils, de la nourriture pour plusieurs jours, de faux-papiers et ceux d’Allemagne sont plus difficiles à falsifier. Comment appréhender l’évasion ? Des choix s’imposent : seul ou à plusieurs, voyager de jour ou de nuit, à pied ou par le train, rejoindre d’abord la Suisse, les Pays-Bas ou la Belgique ? Les alternatives sont nombreuses et la réussite dépend d’une part de chance et/ou, parfois, du soutien de filières d’évasion, étonnantes car présentes en tous lieux. Les tentatives sont multiples, les réussites, rares. Lors de leur arrivée en France, les évadés sont invités à régulariser leur situation militaire, par une note du ministre de la Défense nationale du 13 avril 1942.
Au cours de ce mois d’avril 1942, le général Giraud parvient à s’évader. Cette évasion a un énorme retentissement mais les Allemands durcissent les conditions de détention et annulent des libérations prévues. Les récidivistes repris sont plus sévèrement punis et envoyés dans un camp disciplinaire, comme celui de Rawa-Ruska, en Ukraine.

Un groupe de prisonniers, avec Ernest Bertolo (X), au Stalag VIII A.

La Maison du prisonnier

Les mesures concernant les prisonniers conduisent à la création d’organismes spécifiques. « Le "Commissariat au reclassement des prisonniers de guerre rapatriés" et le "Secours national", dans le cadre des accords passés entre eux pour assurer l’accueil et l’aide aux prisonniers rapatriés, décident de créer dans chaque chef-lieu de département une "Maison du prisonnier". Celle-ci sera organisée sous le contrôle du Commissariat, avec l’aide et sous le patronage des préfets, par le Secours national [17] ».
À Bourg-en-Bresse, la Maison du prisonnier ouvre le 1er juillet 1942, rue des Casernes, dans les locaux de l’ancienne École normale de filles et elle est inaugurée le 26 juillet 1942, où les personnalités civiles, militaires et religieuses ont été accueillies par « un piquet en armes et des clairons des "Chantiers de jeunesse" ». Au cours de la période « du 1er au 23 juillet, il s’est présenté 71 rapatriés : 64 d’entre eux ont été placés dans la profession qu’ils occupaient avant-guerre ; 17 ont pu trouver du travail dans une autre profession ; 2 reconnus inaptes au travail sont à l’hôpital ; 5 sont en pourparlers pour leur reclassement [18] ».
Dirigée par M. Lesage, la "Maison du prisonnier", « expression de la pensée constante du chef de l’État à l’égard des prisonniers », accueille aussi le siège et les permanences de l’Association des femmes de prisonniers et elle prendra de l’importance au fil des mois pour des actions de solidarité [19].

Comme dans chaque département, une Maison a été créée dans l’Ain pour aider les familles de prisonniers.
L’Association des femmes de prisonniers a son siège à la Maison du prisonnier.

Échos des camps

La guerre se prolonge et, dans les camps, les jours monotones succèdent aux jours monotones. Les prisonniers se sont adaptés à cette vie et cherchent à tromper l’ennui par diverses activités. Ils envoient des photographies à leurs familles et quelques dessins illustrent leur vie.

Le travail dans les Stalags, vu par les prisonniers. Ce dessin est paru dans le premier numéro de Matricule X en avril 1941. Il exprime une forme de "résistance passive".
Ces billets, imprimés sur une seule face, sont utilisés au sein des camps.
Le "laissez-passer" d’un prisonnier.
Ce dessin très fouillé, paru dans Matricule X (Stalag III D) à l’automne 1941, résume l’état d’esprit et la "vie d’embarbelés" des prisonniers dans un camp, entre beaucoup d’interdits et quelques aspirations.
Un ensemble musical du Stalag VII B avec Alfred Veyret (X). Le portrait de Pétain figure sous les drapeaux mais l’écusson tricolore porte les lettres R.F. de la République Française et non l’inscription État français.
Un groupe d’officiers de l’Oflag II B, avec Roland Gilloz (marqué d’une croix), en février 1942.
Dans cet Oflag IV D, le hasard a réuni les trois frères Savidan : Jacques (auteur de cette aquarelle), Pierre et Yves.
Une "Fête des provinces françaises" à l’Oflag IV D, en septembre 1942. Aquarelle de Jacques Savidan.
Sports et activités au Stalag III D, à l’été 1941. Page publiée en octobre 1941.
Les prisonniers peuvent aussi être de simples spectateurs. Aquarelle de Jacques Savidan.

Et les femmes ?

Les prisonniers vivent dans des camps où sont regroupés et "embarbelés" plusieurs milliers d’hommes, sans la moindre femme, pendant plusieurs années. Cette absence est difficile à vivre, déjà pour les mariés et les "fiancés". Certains côtoient des femmes dans des fermes ou chez des artisans et des conversations s’engagent, avec quelques rudiments de langage appris au cours des mois.
« Le régime nazi, pour des raisons de pureté raciale, se montre particulièrement attentif aux contacts entre Français et Allemands. Les prisonniers sont avertis, dès leur arrivée au camp, qu’une relation avec une Allemande, de quelque ordre qu’elle soit, sans autorisation spéciale, est considérée comme une insubordination et conduit à une peine pouvant aller de dix ans d’emprisonnement à la mort. La femme est également menacée de sanctions, surtout si elle est mariée. Mais les rapports ne sont pas uniquement sexuels : sans abuser des généralisations, nombre de témoignages de prisonniers signalent que les femmes les ont aidés à vivre en Allemagne [20] ».

La pensée à l’épouse et à ses enfants est permanente pour les hommes mariés. Dessin paru dans Matricule X en juillet 1943.
Un bouquet de fleurs d’Alfred (X) pour l’anniversaire de sa fiancée Bernadette, à plus de mille kilomètres de distance.
Ce dessin exprime les frustrations endurées par les prisonniers, derrière leurs barbelés.
Cette femme allemande a dédicacé sa photographie pour un prisonnier célibataire de l’Ain.
Un souvenir de captivité avec des photographies du service militaire d’Ernest Bertolo de 1937. Réalisé en Allemagne ou au retour ? Pourquoi la seule date de 1942 ?

Pour lire la suite, cliquez sur : Les prisonniers de guerre, de l’Ain, en 39-45, une étude complète (2e partie)

Les contributeurs et la bibliographie sommaire figureront à la fin de la seconde partie.

[1Voir bibliographie.

[2Rapport du maire au préfet du 23 juillet 1940. 180W342.

[3Lettre du maire. Mohamed Ben Mansour. 31 ans. A.D. Ain. 180W342.

[4La Société de secours aux blessés militaires (S.S.B.M.) et l’Association des dames de France(A.D.F.) sont deux des composantes de la Croix-Rouge.

[5Rapport de la Croix-Rouge du 7 août 1940. A.D. Ain. 180W342.

[6Informations puisées dans le Journal de l’Ain.

[7A.D. Ain. 180W342.

[8Cette liste est consultable aux A.D. Ain. Dossier 180W357.

[9Journal de l’Ain des 22 juillet et 22 août 1940. Un soldat raconte son ʺodysséeʺ dans le Courrier de l’Ain du 7 juillet 1940.

[10A.D. Ain. 180W342.

[11Prisonniers de guerre d’Évelyne Gayme. Voir bibliographie.

[12Prisonniers de guerre d’Évelyne Gaime.

[13A.D. Ain. 180W342.

[14A.D. Ain. 180W463, pour l’ensemble des citations.

[15A.D. Ain. 180W393.

[16A.D. Ain. 180W347.

[17A.D. Ain. 180W347.

[18Soit un total de 88. (?). Courrier de l’Ain du 25 juillet 1942. N.B. : les Écoles normales ont été fermées par Pétain en septembre 1940.

[19Du 1er novembre 1942 au 30 novembre 1943, elle accueille 30 361 visiteurs et reçoit 27 370 lettres. A.D. Ain. 180W347.

[20Évelyne Gayme. Voir bibliographie.

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