Vaccinez-vous !... contre la variole

Aujourd’hui, beaucoup de gens s’interrogent sur l’opportunité de se faire vacciner contre la Covid 19. Il y a 150 ans, les médecins invitaient déjà la population à le faire pour se préserver d’une épidémie de variole, que la guerre de 1870-1871 amplifie sur l’ensemble du pays.

La guerre franco-prussienne a eu de sérieuses répercussions en Bresse, tant pour les hommes que pour les animaux et les champs.

Une épidémie de variole

Au moment où l’Empereur déclare la guerre à la Prusse, le 19 juillet 1870, Paris est victime d’une épidémie de variole, maladie endémique dans la capitale depuis 1865. La mobilisation des conscrits, le déplacement des armées propagent l’épidémie, non seulement auprès des militaires, mais parmi la population de plusieurs régions de France.
La Bresse est atteinte au cours de ce second semestre 1870 comme le prouve l’accentuation des décès à l’Hôtel-Dieu et dans les formations sanitaires, aménagées au Pensionnat Saint-Joseph, au Séminaire de Brou ou encore aux Incurables (Bon Pasteur).
Au sein d’une armée mieux organisée dans tous les domaines, les soldats prussiens ont été moins atteints par l’épidémie que leurs homologues français. À propos de cette guerre, nous vous invitons à lire le remarquable témoignage d’un cultivateur dombiste Jean Boisson, soldat de l’Ain à la Commune de Paris (1871).

Article du 12 juillet 1870, dans le Courrier de l’Ain. Étrange similitude avec aujourd’hui : vacciner, revacciner peu après !
La mortalité à Bourg-en-Bresse : la moyenne annuelle de la décennie précédente est de 521 morts.

Les soignants, également des victimes

Le personnel soignant est aussi victime de l’épidémie. Le Courrier de l’Ain rapporte le décès du jeune interne de 19 ans, Armand Méritan, le 2 décembre 1870 à l’Hôtel-Dieu, ou d’Angèle Hugueniot, sœur Adèle en religion, supérieure de l’Asile des femmes incurables, victime de son dévouement, le 28 mars 1871, à 50 ans, dans l’hôpital militaire aménagé à côté de son établissement.

La tombe d’Armand Méritan est toujours présente au cimetière de Bourg-en-Bresse, avec son imposante colonne brisée.

Les bovins victimes de la peste

L’armée utilise de nombreux animaux, des chevaux pour ses déplacements et des bovins pour sa nourriture. Ainsi, par exemple, après la capitulation de Paris, Bourg-en-Bresse héberge temporairement, un total de 4 816 militaires et 2 313 chevaux, du 25 au 31 mars 1871.
Durant la première quinzaine de février 1871, les prés des alentours sont utilisés pour rassembler des bœufs. Dès juillet 1871, le séminaire assigne la Ville et l’État pour obtenir un dédommagement. Consulté, l’intendant militaire juge que « demande exorbitante, les bœufs n’ayant rien mangé sur le sol où il n’y avait rien ». Le Supérieur rétorque par une lettre « écrite avec une plume trempée dans du fiel et dictée par un sentiment regrettable de spéculation » mais réduit ses prétentions d’un quart. L’intendant conclut « que M. le supérieur a voulu, laissant de côté tout sentiment patriotique, se faire payer le plus cher possible (…) sans attendre la liquidation des dépenses et frais de la guerre [1] ».

L’église de Brou a été réquisitionnée pour le stockage des fourrages dans la nef.

Cette affaire n’est rien par rapport à la peste bovine apportée par un troupeau de l’armée, évacué du Jura. La peste est d’abord détectée au hameau de Vial à Polliat, où un troupeau de l’Armée de l’Est est arrivé le 8 février 1871. Comme ce troupeau est déplacé à Saint-Étienne-du-Bois et Villemotier, d’autres bovins sont contaminés. L’épidémie est rapidement prise en considération par le vétérinaire départemental, M. Bianchi, assisté de deux collègues militaires. Des mesures s’imposent pour éviter la propagation et les foires sont bientôt supprimées dans tout le département. L’élimination des animaux malades ou suspects est imposée ; plus de 200 bovins sont abattus à Polliat, 10 à Villemotier, 8 à Saint-Étienne-du-Bois, 45 à Malafretaz, Montrevel et Jayat, 4 à Béréziat, 12 à Mézériat ou encore 57 à Vonnas. L’épidémie régresse alors et les foires sont autorisées sur l’ensemble du département à partir du 14 avril 1871.

Le cheptel de Polliat a été fortement atteint.

À Polliat, le boucher réclame son paiement pour l’abattage de 203 têtes de bétail, aux mois de février et mars 1871. Le maire engage des démarches auprès du Conseil général pour la prise en charge de la somme, mais « la commune préférera solder cette dépense pour qu’elle ne soit pas versée sur les treize propriétaires dont les animaux ont été atteints de la maladie [2] ».

Chronique réalisée par Claude Brichon et Rémi Riche.

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PRÉCÉDENTES PUBLICATIONS

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Cette publication, réalisée avec beaucoup de soin par des professionnels locaux, a reçu un soutien financier du Département que l’association et l’auteur bénévole remercient vivement.

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[1A.D. Ain. 5K233 et Conseil municipal de Bourg-en-Bresse.

[2Courrier de l’Ain et A.D. Ain. 5K233.

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