Radior, Joseph Chapolard développe sa marque (II)
De retour de la Grande Guerre, Joseph Chapolard se consacre totalement à l’expansion de son commerce de cycles, de machines à coudre et, bientôt, de motocycles.
En attendant la reprise économique
Dans une France, meurtrie par la Grande Guerre, dont les régions dévastées sont à reconstruire, Joseph Chapolard vit un évènement familial heureux : sa fille Marcelle (24 ans) se marie le 22 novembre 1919 avec Eugène Goubet (27 ans), né à Paris. Les circonstances de la guerre ont fait se rencontrer les deux jeunes gens, à Bourg-en-Bresse, en 1918. Eugène Goubet, polyglotte, ayant séjourné trois ans à Hambourg comme employé de banque, était alors lieutenant du Corps des interprètes militaires et, à ce titre, auprès des prisonniers allemands.
Il est disponible pour intégrer une entreprise que son beau-père a la ferme intention de relancer même si les restrictions ne sont que progressivement levées. Le retour à une vie plus sereine se fait à partir de l’année 1921 et Radior a déjà publié ses premières publicités. Eugène Goubet développe le service commercial et étend le réseau de vente dans l’Alsace-Lorraine retrouvée, où sa connaissance du dialecte alsacien est fort utile pour le démarchage.
Comme les clubs cyclistes locaux n’ont pas repris leur activité, Joseph Chapolard équipe un coureur lyonnais, Guglielmo Ceccherelli (29 ans), pour sa participation au Tour de France de 1920. Long de 5 519 kilomètres en 15 étapes (moyenne de 368 km), ce second tour d’après-guerre est encore particulièrement éprouvant pour les hommes et le matériel. Engagé en deuxième classe, Guglielmo Ceccherelli surmonte toutes les difficultés et se classe dix-septième à Paris, parmi les seuls vingt-deux coureurs arrivants. Joseph Chapolard peut alors vanter, toujours par la publicité, les qualités d’une bicyclette Radior.
Pour les "étrennes" de fin d’année, Joseph Chapolard met en avant ses machines à coudre de différentes marques.
À Bourg-en-Bresse, la reprise d’activité des clubs cyclistes tarde toujours et Adrien Bardiot, le président d’avant-guerre du Moto-Vélo-Club de l’Ain (M.V.C.A.), est sollicité en janvier 1921 pour réactiver sa société. Dans son sillage, l’Étoile cycliste bressane renaît deux mois plus tard. La saison cycliste est lancée et Joseph Chapolard reprend le Grand Prix Radior le 29 mai 1921 sur un parcours de 130 kilomètres en Bresse et Dombes [1]. Plusieurs courses régionales sont gagnées par des coureurs montant des bicyclettes Radior, diffusées prioritairement par un magasin de cycles de la rue Charles Robin à Bourg. Ces revendeurs, MM. Perret & Mermillon organisent le Grand prix du M.V.C.A. sur l’hippodrome des Vennes, sur un circuit de 6,3 km à parcourir 16 fois, le 17 juillet 1921. Couru sous une « chaleur sénégalienne », il est gagné par un coureur genevois sur Cycle Radior.
Au recensement de la population de Bourg-en-Bresse en juin 1921, il est possible de relever 36 ouvriers ou employés chez Radior dont six représentants de commerce. Ce dernier chiffre est important mais il s’explique par la diversité des produits proposés par la marque.
Une autre dimension
Au cours de l’année 1922, la publicité Radior paraît moins présente mais la vente des cycles est en progression constante et Joseph Chapolard envisage de donner une nouvelle dimension à son entreprise grâce à un nouveau site de production. Sur un terrain à côté du Pont-de-Lyon, à Bourg, il fait édifier une usine spacieuse qui est opérationnelle au début de l’année 1924. Ce projet a demandé un fort investissement financier pour le bâtiment, les ateliers et les machines d’usinage. Pour ses chaînes de production, il faut s’assurer le concours de fournisseurs et regrouper de nombreuses compétences humaines.
Bientôt, Joseph Chapolard diversifie ses productions et il recherche une renommée nationale en s’intéressant au Tour de France, dans la catégorie des Touristes-routiers. Là, des coureurs individuels doivent obtenir leur qualification et financer leur participation. Joseph Chapolard équipe d’abord le coureur genevois Marcel Perrière (35 ans) en 1925, puis le Bressan Paul Filliat (27 ans) en 1926, qu’il emploie par ailleurs [2]. La réussite n’est pas au rendez-vous car les deux coureurs ne dépassent pas leur première étape.
La confiance en Paul Filliat se justifie deux ans plus tard lorsque ce Bressan gagne le Tour de France des Touristes routiers en 1928. La performance n’est pas anodine et lui vaut de figurer en "une" du prestigieux quotidien national L’Auto. Un autre Bressan a couru à ses côtés, Jules Gillard, équipé par Raymo [3], l’autre manufacture de cycles de Bourg-en-Bresse. Jules Gillard et tout un groupe ont été éliminés l’avant-veille de l’arrivée à Paris pour être arrivés "hors délais". Paul Filliat renouvelle l’aventure en 1930 mais il est éliminé lors de la troisième étape.
Au cours de cette période, Joseph Chapolard diffuse toujours de nombreux documents publicitaires et son catalogue 1925-1926 montre les nouveaux ateliers de fabrication, avec beaucoup de personnel affairé autour des postes de travail.
Des motos ajoutées au catalogue
Au printemps de 1923, Joseph Chapolard mettait en avant le savoir-faire de la « main-d’œuvre bressane spécialisée ». Le recensement d’avril 1926 confirme cette affirmation car 65 % du personnel est originaire de l’Ain. Cent huit personnes déclarent travailler chez Chapolard ou Radior, dont 39 ouvriers, 26 mécaniciens, 1 chaudronnier, 7 limeurs, 3 braseurs, 4 ajusteurs, 5 polisseurs, 5 émailleurs, 3 électriciens, 4 voyageurs de commerce, 4 comptables, 1 livreur, 2 dactylographes et une caissière [4]. Le chef de fabrication est Édouard Boisnard (38 ans), natif de Corné, près d’Angers (Maine-et-Loire). Il est arrivé à Lyon en 1912 et, coureur cycliste, il a été vice-champion de France "amateur" en 1914. Mobilisé pendant la durée de la guerre, il est revenu avec une blessure au visage (en août 1916) et porteur de la Croix de guerre.
C’est avec des ouvriers locaux que Joseph Chapolard lance une nouvelle gamme de produits, les motocycles. Le premier modèle est présenté au Salon international de l’automobile de Paris, en octobre 1926. Pour cela il a fait appel à Léon Thivolle, ingénieur diplômé des Arts et métiers d’Aix-en-Provence, qu’il a connu à la fin de la Grande Guerre. Sous la direction de Léon Thivolle, « ingénieur de talent et inventif [5] », le premier cyclomoteur est mis au point en respectant l’image de qualité, associée à la marque Radior. Les pièces sont majoritairement acquises auprès de fournisseurs du berceau du cycle, qu’est la région stéphanoise, et assemblées sur le site de Bourg-en-Bresse pour créer une 175 cm3, équipée d’un moteur Moser, fabriqué à Pontarlier (Doubs).
À l’épreuve du Paris-Nice motocycliste
Sûr de leur qualité, Joseph Chapolard met à l’épreuve ses motocyclettes, dès le printemps 1928, dans le raid de Paris à Nice, auquel participent les principaux constructeurs. À l’issue des 1 600 kilomètres, par le Berthiand et les cols alpestres, parcourus parfois dans des conditions météorologiques difficiles, les quatre motocyclettes Radior terminent sans pénalité et obtiennent chacune la médaille d’or. Celles de 350 cm3 étaient pilotées par Carmine et Sabatier et les 250 cm3, par Augoyat et Garry. Comme l’écrit le Courrier de l’Ain du 18 mars 1928 : « un tel résultat atteste [leurs] qualités de robustesse, souplesse, tenue de route et rapidité ».
Lors des fêtes de fin d’année, pour les ʺétrennesʺ, Joseph Chapolard lance toujours une offre promotionnelle : une réduction de 10 % en 1927 ou l’offrande d’un chronomètre ou d’une pendulette à tout acheteur en 1928. En décembre 1929, il promet un « superbe cadeau » annoncé sur un encart publicitaire qui est une belle ʺvitrineʺ des fabrications Radior, pour tous les âges, du bébé à l’adulte, avec ʺMadameʺ (en premier) et ʺMonsieurʺ.
Au bas et à droite de l’encart apparaît la nouveauté de la marque, la Radiorette, un vélomoteur, présenté au salon de Paris à l’automne 1930. Il s’agit d’offrir un intermédiaire entre le vélo et la moto, accessible à 1 495 francs, alors qu’il faut environ 4 500 francs pour une moto. Le concept est aussi intéressant : pas de permis de conduire, un poids maximum de 30 kg, une vitesse de 30 km/h, un réservoir de trois lires pour une autonomie de trois cents kilomètres.
Remarqué dans les salons
Les fabrications de Radior sont remarquées par la presse spécialisée, comme Moto-Revue. Au printemps de 1930, ce magazine écrit : « un astre très radieux s’est levé dans notre firmament motocycliste ». Il souligne que Radior acquiert ses moteurs auprès de fournisseurs pour concentrer ses efforts dans la partie ʺcycleʺ : « l’outillage hors pair permet d’usiner, avec une précision parfaite, toutes pièces (cadres, châssis, fourches, moyeux, etc.), d’en manufacturer le montage ultra-soigné (sablage, brasage, limage, émaillage, nickelage, chromage ».
À propos du châssis-poutre, Radior a réalisé « un véritable tour de force en dotant ses rapides racers d’un châssis d’une production unique, puisque celui-ci sort tout simplement d’une seule pièce, d’un seul coup de pilon. Il est séduisant par son dessin, tentant par sa robustesse et sa simplicité sans égales ».
Au printemps suivant, le magazine s’intéresse à la Radiorette : « en raison du développement incessant de la vente, une salle de montage a dû être spécialement affectée aux Radiorettes, à l’architecture plus qu’heureuse, à la position confortable. (…) Elles arrivent, habillées par des mains expertes, au bout de la chaîne qui rejoint le service des essais. (…)
Il faut avoir vu les Radiorettes grimper l’importante rampe du Berthiand, qui accuse 15% dans ses épingles à cheveux, pour rester convaincu que Radior a contribué à faire exécuter un sérieux pas en avant, à la toujours plus grande diffusion de la motorisation [6].
Le succès de la Radiorette incite Joseph Chapolard à franchir un nouveau cap, fabriquer ses propres moteurs. Léon Thivolle parti, la mission est confiée à M. Bozon, également ingénieur des Arts et métiers, pour créer des moteurs Nervor, selon la marque déposée en 1912. « La fabrication de ce bloc-moteur est sous traitée : fonderie et usinage sont réalisés à Saint-Étienne dans la Loire. Seul l’assemblage est réalisé chez Radior qui n’est pas encore équipé des machines-outils propres à l’usinage. Ce moteur de ʺType Bʺ est assez évolué par rapport à ce qui se fait alors ». Soupçonné de copie par un concurrent, « Radior n’aura aucun mal à gagner le procès en démontrant l’antériorité du procédé [7] ».
Radior continue à faire évoluer ses fabrications avec, en outre, la création de moteurs de 100 et 150 cm3, malgré un contexte économique difficile, consécutif au krach boursier de New-York d’octobre 1929. Les répercussions ont été plus tardives en France que dans d’autres pays, mais tout aussi dévastatrices.
Pour les ʺétrennesʺ de décembre 1933, à l’affût des nouveautés, Joseph Chapolard ajoute un produit à ses ventes, le poste de T.S.F., promis à un bel avenir. Il n’est pas fabriqué à Bourg-en-Bresse mais néanmoins vendu sous la marque Radior.
Au milieu des années 1930, Léon Thivolle reprend contact avec son ancien patron car Verlor, la fabrique de bicyclettes qu’il a créée à Paris, est en difficulté [8]. Joseph Chapolard rachète la marque en 1937, reprend son ancien collaborateur et lui confie la direction technique de son usine. Verlor devient alors une sous-marque de Radior.
Au temps des congés payés
La crise économique des débuts des années 1930 a favorisé la montée du nazisme en Allemagne et de l’extrême droite en Europe. La France n’échappe pas à cette tendance et la démocratie est mise en danger par les manifestations de février 1934. En contrecoup, les forces politiques de gauche s’unissent et accèdent au pouvoir, en 1936, avec le Front populaire qui promeut les "congés payés" et la "semaine de 40 heures". Ces avancées sociales permettent aux couples et aux familles, de partir en vacances par le train, à bicyclette ou à tandem ; ce dernier étant resté comme l’un des symboles des premiers congés payés.
À l’inverse, dans sa réunion du 5 mars 1937, au titre de la Chambre syndicale des industries métallurgiques de l’Ain, un dirigeant de Radior constate que, « avant les augmentations de juin 1936, notre industrie était déjà concurrencée très sévèrement par les industries analogues du Bassin de la Loire, du Doubs, de la Côte-d’Or et plus particulièrement de la région parisienne. Ces industries, en effet, sont favorisées par rapport à la nôtre par une plus grande facilité d’approvisionnement, de moins grands frais de transport, une position plus favorable du service commercial, un rendement général de la main-d’œuvre meilleur et, souvent, par des commandes importantes des services de la Guerre et de l’État [9] ».
Léon Thivolle apporte ses compétences techniques et participe à l’équipement en de nouvelles machines-outils. Il est un spécialiste des petites cylindrées que Radior développe après l’abandon des moteurs Jap. Comme la concurrence, l’entreprise s’affranchit de la réglementation et ces modèles sont de véritables petites motos, à l’allure séduisante.
La gamme des fabrications n’évolue guère jusqu’à la nouvelle guerre. La mobilisation est décrétée pour le 2 septembre 1939 et beaucoup d’ouvriers rejoignent les casernes.
Pendant la Seconde Guerre
Une période d’attente s’installe d’abord et deviendra la Drôle de guerre. Tout change au printemps 1940 avec l’attaque allemande à l’ouest. Rapidement, les Bressans voient défiler les Belges et les habitants du Nord qui fuient devant l’avance allemande. C’est la Débâcle. L’ennemi traverse Bourg-en-Bresse le 19 juin 1940 et bientôt les armistices sont signés et applicables le 25 juin. La France est sévèrement défaite et plus de 1,6 million de prisonniers sont déplacés en Allemagne, au service de l’ennemi.
Bourg-en-Bresse est en Zone non occupée mais l’ensemble du pays doit contribuer aux exigences économiques de l’ennemi. Malgré son engagement dans la collaboration, le maréchal Pétain n’obtiendra aucun assouplissement de cette charge.
Au contraire, les gouvernements successifs encouragent les ouvriers français à aller travailler en Allemagne. Comme les volontaires ne sont pas nombreux, la Relève est instituée en septembre 1942 puis le Service du travail obligatoire en février 1943. Ces lois encouragent les ʺRequisʺ à se défausser ou à rejoindre la Résistance. Au titre de la Relève, en décembre 1942, deux ouvriers Radior sont, comme d’autres, désignés ʺvolontairesʺ pour l’Allemagne.
Pendant cette période, Radior travaille selon les directives reçues du gouvernement et en fonction des approvisionnements en matériaux et en énergie.
Tout manque dans le pays, notamment les carburants pétroliers, et la vie quotidienne est rythmée par les restrictions et les divers ʺbonsʺ à quémander. La bicyclette est le moyen de déplacement le plus utilisé et le plus convoité. Attention au vol ! Le manque de pneumatiques est pallié par des solutions de fortune. Curieusement, le nombre d’épreuves cyclistes est important mais ni Joseph Chapolard, ni Radior, ne s’y impliquent. Et l’arrivée d’une étape du Circuit des quatre provinces, le 14 juillet 1942, voit la première manifestation publique, en plein jour, de ce qui sera la Résistance, de la part de jeunes lycéens.
La période est difficile mais l’Ain fête le maréchal Pétain, dans l’enthousiasme, lors de sa venue en septembre 1942. Deux mois plus tard, les Allemands franchissent la Ligne de démarcation et occupent tout le pays. La situation économique se détériore encore et les libertés individuelles et collectives sont restreintes. Le cauchemar cesse en septembre 1944 mais pas les difficultés de la vie quotidienne. L’économie, les réseaux ferroviaire et électrique sont à reconstruire partout.
Vers le cinquantenaire
Depuis le début de l’année 1943, la raison sociale est devenue Établissements Radior, J. Chapolard & Goubet Père et Fils. Eugène Goubet et son fils Gabriel sont alors à la tête d’une entreprise qui déplore, peu après, la perte de son fondateur.
Dans une France exsangue aux moyens de transport limités, les petites cylindrées utilitaires sont fort prisées. Radior saisit cette opportunité en améliorant ses modèles d’avant-guerre, équipés d’un moteur Nervor, passé de 100 à 125 cm3, comme autorisé. En octobre 1948, est lancée la production de la 125 RN 3 T puis d’un modèle équipé d’un moteur à quatre vitesses. Le succès est au rendez-vous. En octobre 1951, ce modèle est équipé d’un nouveau moteur, moins fiable, qui entraînera des réparations de garantie, coûteuses.
Deux nouveaux cyclomoteurs sont aussi apparus au catalogue et, dans un souci d’élargir celui-ci, le prototype prometteur d’une moto, la 250 Bison, est présenté au salon de 1952. En outre, en 1953, Radior s’associe avec deux partenaires pour créer un vélomoteur diffusé par ces trois associés.
Aussi la marque aborde-t-elle l’année 1954 avec une gamme complète, des vélomoteurs aux motos, même si la mise au point de la Bison 250 s’est révélée laborieuse. De plus, l’année 1954 est celle du cinquantenaire, fêté en juin avec l’inauguration de locaux agrandis.
Des nuages à l’horizon
Cinquante ans : en route pour le centenaire ? S’interroge la presse. En réalité, malgré sa volonté d’aller toujours de l’avant, de proposer des modèles attrayants, l’entreprise constate une diminution des ventes, à cause d’un contexte où la moto perd de son utilité.
En effet, la France sort de l’après-guerre. La croissance est de retour et, désormais, la voiture automobile fait rêver. Avec l’appui du gouvernement, le programme T.P.V. (très petite voiture), pensé avant-guerre, est lancé en 1949 avec la commercialisation de la 2 CV Citroën, une voiture de conception simpliste mais bientôt accessible à beaucoup. Les autres constructeurs d’automobiles s’adaptent à cette concurrence.
Les cycles sont délaissés, sauf par les écoliers, par nécessité. Seuls les cyclomoteurs trouvent grâce auprès des jeunes, garçons et filles, pour leurs loisirs et leurs trajets quotidiens, en attendant de pouvoir ʺpasser le permis de conduireʺ à 18 ans et, ensuite, d’acheter une voiture d’occasion, avant d’espérer mieux, plus tard. Ce contexte défavorable condamne Radior d’autant plus que la bicyclette n’a plus guère d’adeptes [10].
Radior est mis en règlement judiciaire le 3 août 1955, la cessation d’exploitation est fixée au 31 décembre 1955 avec une inscription modificative le 20 juin 1956 [11]. Eugène Goubet décède le 14 avril 1956 et son fils Gabriel fonde la Société d’usinage et de mécanique pour l’automobile et le cycle (SUMAC), dans une partie des anciens locaux Radior, pour assurer la maintenance des motos encore en circulation et travailler en sous-traitance pour d’autres entreprises.
Cette société est active jusqu’en 1961 et bientôt la Brasserie régionale s’installera dans les locaux Radior. Cela explique les inscriptions, aujourd’hui existantes en 2025, sur la façade visible de la route.
Une fin irréversible ?
C’est l’évolution de la société et des mœurs qui a condamné Radior et ses concurrents directs ne résisteront guère plus longtemps. Le cyclomoteur aurait pu être une ʺplanche de salutʺ mais il était difficile d’anticiper ce mouvement d’autant plus que de ʺgrosʺ constructeurs investissent ce secteur, avec d’importants moyens humains et financiers, comme Motobécane avec sa Mobylette de conception séduisante. En outre, dès l’après-guerre, d’autres cycles se sont immiscés dans le monde des cyclomoteurs, comme le VéloSolex français bon marché ou la Vespa italienne, lancés avec des campagnes publicitaires innovantes.
Lorsque Radior a été en difficulté, les dirigeants ont évoqué un manque de soutien de la part des banques, ou d’une banque, mais les handicaps relevés en 1937 étaient toujours d’actualité et les aspirations des ménages allaient, outre la voiture, vers les appareils ménagers, voire les ʺmatières plastiquesʺ. Que les banques aient investi dans ces secteurs d’avenir n’est pas illogique !
Comme l’a relevé André Gallet dans ses articles, quelques erreurs ont coûté cher en service d’après-vente et peut-être privé l’entreprise d’auto-financement. Il est aussi permis de relever que Radior a été beaucoup moins présent dans les publicités locales de l’après-guerre.
En définitive, Radior a été une véritable aventure industrielle familiale de plus de cinquante ans et elle a marqué la vie de la cité de Bourg-en-Bresse. Les anciens bâtiments attendent un avenir et des industriels aindinois ont relancé la marque pour des vélos électriques de fabrication française.
Le centenaire
Pour le centenaire de la création de Radior, en 2004, Alain Berry et André Gallet organisent une exposition où sont présentées de nombreuses productions de la marque.
Rémi Riche
avec la collaboration de Claude et Geneviève Brichon et Michelle Pomathios
et la participation de Gérard Augustin, François Chaume, André Gallet, Cécile Gerbe, Rémi Goubet, Catherine Lonjean, Gyliane Millet.
Le premier épisode est à lire avec le lien ci-dessous :
Radior, l’épopée industrielle de Joseph Chapolard à Bourg-en-Bresse (I)
Chronique complémentaire :
Paul Filliat, Antoine Giacomasso et Jules Gillard Touristes-routiers de l’Ain dans le Tour de France des années 1920
Bibliographie simplifiée :
Cinq articles d’André Gallet parus dans Le vieux guidon, la gazette du club de Replonges (Ain) à partir de mai-juin 2000. Consultables aux A.D. Ain.
Bibliothèque nationale de France (BnF)
Presse locale.
Archives départementales de l’Ain (A.D. Ain)
Archives municipales de Bourg-en-Bresse (A.M. Bourg-en-Bresse)
Photos
[1] Le Courrier de l’Ain publiant le résultat est absent des archives.
[2] Il figure sur la photographie de 1925, juste à l’arrière et à la droite de Joseph Chapolard (à gauche sur la vue).
[3] Désormais orthographié avec un "a".
[4] Décompte effectué par Claude et Geneviève Brichon.
[5] André Gallet. Voir bibliographie.
[6] Articles repris par le Courrier de l’Ain du 26 mars 1930 et le Journal de l’Ain du 17 avril 1931.
[7] André Gallet.
[8] Le dépôt de bilan a été prononcé en 1934.
[9] Document à en-tête Radior, non signé. A.D. Ain. M 1709.
[10] Par exemple, la Fédération française de cyclotourisme (F.F.CT.) enregistre ses effectifs les plus faibles au milieu des années 1950.
[11] A.D. Ain. Registre du commerce de Bourg-en-Bresse N° 9 239).























